2010 Canadian Weblog Awards Nominee 2010 Canadian Weblog Awards Nominee

Le valeureux va mourir.

Alors Roland (1) sent qu’il perd la vue. Il se dresse et réunit ses forces le plus qu’il peut. Son visage est blafard. Devant lui il y a une pierre brune. Il y donne 10 coups d’épée par colère et par chagrin. L’acier grince mais ne rompt pas ni ne s’ébrèche. Le comte Roland crie : « Sainte Marie ! au secours ! Ah ! Durandal, ma bonne épée, que vous êtes malheureuse ! Puisque je meurs, je ne suis plus responsable de vous. Avec vous j’ai gagné tant de batailles et j’ai conquis tant de vastes terres qui appartiennent au roi Charles à la barbe blanche. N’appartenez jamais à un fuyard. Un brave guerrier vous a longtemps tenue ; jamais plus il n’y aura votre égale dans la France libre.

__________

Ceci est un fragment de La chanson de Roland qui date du XIème siècle. Je l’ai adapté. Ici, Roland qui va mourir essaie sans succès de briser son épée Durandal et il lui fait ses adieux. Ces aristocrates vivaient par l’épée et mouraient souvent par l’épée.

Cet extrait est tiré des Morceaux choisis des auteurs français, présentés par J. Calvet. Éditions J. de Gigord, Paris, 1961, page 1 de 1000

Cette œuvre, la Chanson de Roland est considérée comme une épopée. Des bardes chantaient les exploits de Roland. C’est la littérature épique. Roland se fait une haute idée de l’honneur chevaleresque. En mourant, il refuse de laisser son épée à un païen. Il préfère la briser.

Mon but n’est pas de me prononcer pour les actions de ce Roland mais de présenter un moment de la littérature française d’il y a 1000 ans !

Dans l’original le texte est très difficile à lire. Il est en ancien français et ressemble au latin.

* Pour en savoir plus, un article de Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chanson_de_Roland

* en 1978, un film a été fait : http://www.imdb.com/title/tt0077317/

* le livre : il  existe plusieurs versions. La chanson de Roland , Texte intégral et dossier : http://livre.fnac.com/a1268012/Collectif-La-chanson-de-Roland?PID=1&Fr=0&To=0&Nu=20&from=1&Mn=-1&Ra=-1

L’homme seul # 50 § La petite fente. ©

BONNE FÊTE INTERNATIONALE DES FEMMES ! QUE LES LUTTES PORTENT FRUIT !

***

L’héau, je suis pas mal perdu. J’en ai marre d’être aux mains d’humains qui ne savent pas me rassurer, m’informer, me…La porte de ma cellule s’ouvre. Deux gaillards entrent sans parler et me saisissent sous les bras. Je les suis car leurs mains pénètrent sous mes aisselles et me font mal.

- Pas besoin de me faire mal, brutes !

- Silence monsieur !

- Pfff

On m’amène chez le même officier que l’autre jour. Mes deux gardiens me déposent sur une chaise devant le bureau où le lieutenant écrit sans lever la tête. Une fois les matons sortis, l’officier soulève lentement la tête et me salue. Je ne réponds pas.

- Je vous ai dit bonjour, dis l’officier.

- (je reste silencieux)

- Monsieur, si vous ne parlez pas, je vous ai dit avoir les moyens de vous forcer. Alors coopérez ou…

- Ouais.

L’officier me dit qu’il veut faire prélever mon sang pour qu’il soit analysé. Je demande pourquoi. Il dit ne pas pouvoir me répondre. J’insiste pour avoir au moins quelques détails.

- Nous voulons savoir si vous êtes contaminé. Sinon, nous voulons comprendre pourquoi. Le reste est secret défense.

- Allez, vous pouvez m’en dire un peu plus. Je suis un bon citoyen, je payais toujours mes impôts, je ne commettais aucun crime…

- Ça n’a rien à voir, monsieur. Il s’agit du secret défense.

- Mais tout le monde est zombie ou presque. Pourquoi me tenir dans le secret ? Êtes-vous responsables de cet état de choses ?

- … (l’officier penche légèrement la tête)

- C’est ça ! L’armée a créé ce virus et maintenant…

- Arrêtez ! Silence !

- Non, je ne me tairai pas. Maintenant vous essayez de réparer la catastrophe ?

- Non.

- Alors ? Que se passe-t-il sur le reste de la planète ? Sommes-nous les seuls frappés par ce virus au Québec ou au Canada ?

- …

- Mais…

Je vois le lieutenant glisser sa main sous le bureau. Ça y est. Il se débarrasse encore de moi. Au même instant, les armoires à glace reviennent me chercher. Comme je lui ai dit qu’ils m’avaient fait mal, il leur dit : « Ne faites aucun mal à monsieur ! »

L’héau, nous allons quelque part. Je sens que les vannes de l’info vont bientôt s’ouvrir. Ces mecs sont paniqués. Restons concentrés.

Message de Sisuphos

Hello !

Plus ça va, plus je me dis que notre rôle devrait consister, entre autres, à élever le niveau de conscience des personnes avec lesquelles nous travaillons sur la lutte des classes. Les débats actuels sur la privatisation de la santé m’amènent à cette conclusion.

À mes yeux, la paix, que j’appuie de tout mon cœur, ne doit pas être seulement un état de non guerre permettant à la guerre des classes de faire rage à l’insu de la majorité des perdants. On perd évidemment quand on ignore qu’une guerre se déroule !

Suis-un marxien perdu ? Je ne pense pas. J’essaie de comprendre ce qui se passe dans notre société !!!

Mais pas de guerre des classes sans organisation de classe ou parti de classe ! Or le RQIIAC s’étendant à l’ensemble du territoire du Québec pourrait constituer une rampe intéressante !

Sisuphos

Haïkus printaniers hâtifs

Mangez oiseaux chéris

Mais laissez

quelques bourgeons éclore


Les premiers oiseaux

Gazouillent

et moi aussi.


Donnez le printemps !

Fondez glaces !

Mais pas trop quand même…


Arbres !

Habillez-vous

que le printemps arrive.


Le plaisir de voir

Arriver le printemps

Serait-il évanoui ?


Des ciels mélangés

Des climats troublés

Des malheureux


Collusion dans les contrats de travaux publics au Québec. Bonne chance M. Duchesneau !

M. Jacques Duchesneau. PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

M. Jacques Duchesneau, ex-chef de police de la communauté urbaine de Montréal a été récemment nommé à la tête d’une unité anticollusion au ministère des transports du Québec.

Le Grand Robert de la langue française nous apprend que la collusion consiste en une entente secrète entre adversaires au préjudice d’un tiers. Complicité est un synonyme. Exemple : des entreprises en construction supposément en concurrence les unes avec les autres s’entendent ensemble pour déposer une offre pour des travaux au Québec. Si on laissait le marcher jouer, un des entrepreneurs déposerait vraiment une soumission plus basse que les autres. Mais là, mettons que les constructeurs sont 10, les 10 s’entendent pour fixer artificiellement un prix le plus bas qui est en fait beaucoup plus élevé que serait le prix le plus bas réel. S’il y a disons 5 constructeurs qui ne font pas partie de ce club de collusion, ils reçoivent des appels téléphoniques pour les inciter à ne pas présenter de soumission.

S’ils font les indépendants, ils peuvent recevoir de la visite et des menaces de mort ou de s’en prendre aux membres de leurs familles. Gentilles manœuvres mafieuses. Ces crapules adorent le système capitaliste car ils sont libres de faire ce qu’ils veulent en trichant. Ainsi, ils dénaturent totalement le capitalisme qui repose sur la concurrence. Sans concurrence on a un monopole ou un oligopole. Et quand ce monopole est aux mains de gangsters, on peut dire qu’on a un gros problème.

La collusion est donc une variété d’accord illégale. Si elle peut exister entre les entreprises de construction, c’est qu’il y a des criminels dans ces entreprises. On parle de fraude collusoire.

On peut parler de collusion du cycle lunaire et du cycle végétal. Rien d’illégal là-dedans ! Il est va de même pour la collusion goût-odorat.

La collusion illégale est un type de fraude. Je renvoie le lecteur ou la lectrice à mon petit glossaire de la criminalité que j’ai commis le 29 octobre dernier.

Pour qu’il y ait collusion, il faut que des concurrents se liguent ensemble pour commettre des actes criminels au préjudice des villes et états, c’est-à-dire votre portefeuille et le mien.

La collusion est aussi de la famille de la prévarication. Quand des élus ou des fonctionnaires ferment les yeux sur la collusion existante, ils manquent aux devoirs de leur charge. C’est ça la prévarication dont l’étymologie signifie « écarter du droit chemin ».

J’ai dit !

Haïkus hivernaux

les flocons

agissent

en groupe


quel est ce mur

blanc ?

des flocons


mes bottes

font parler

la neige


la mésange

est un délice

pur


où allez-vous

voitures

multiples


nos déplacements

coûtent cher

à l’environnement


le développement

tue

l’environnement.


La conclusion du livre du philosophe québécois Pierre Bertrand # 23

Je poursuis aujourd’hui la présentation du livre (1) du philosophe Pierre Bertrand. Nous abordons la conclusion.

Comment pourrions-nous entretenir de bons rapports avec les autres si nous n’en avons pas de bons avec nous-mêmes ? C’est ainsi que notre philosophe amorce cette conclusion. Et les bons rapports n’impliquent pas la complaisance. « Nul n’est parfait et les bons rapports n’impliquent, par conséquent, aucune perfection, la réalisation d’aucun modèle ou idéal. » (2)

« De bons rapports impliquent seulement qu’il y ait effectivement rapport, à savoir attention à soi et à l’autre, et les mauvais rapports, par opposition, signifient une absence de rapport, une inattention fondamentale qui fait qu’on ne voit pas ce qui se passe, qu’on ne se voit pas et qu’on ne voit pas l’autre. Voir n’est pas juger, évaluer, condamner ou justifier. Voir, c’est entrer réellement en relation, par opposition à toutes les fausses relations qui s’établissent avec des images ou entre des images. » (2)

Attention ici au terme image. Notre auteur, rappelons-nous les premiers chapitres, considère que nous n’avons pas d’identité. Nous avons des images de nous-mêmes et nous projetons des images : croyances, métier, statut, etc. Pour entrer en rapport réel avec autrui, il faut donc « aller au-delà des opinions, des croyances, des images. » (3)

On ne peut pas mettre de mot sur le rapport sans le trahir. Dès qu’on recourt aux images on n’est plus dans un rapport authentique. Pierre en arrive à dire qu’au fond nous ne sommes rien. Je vous le dit ! RIEN ! Lisez bien : « Le secret ou la vérité, c’est qu’au-delà ou en deçà des convictions, des opinions, des prises de position, des émotions, nous ne sommes rien (paumier souligne) (…) Si nous creusons en direction de notre être ou de celui de l’autre, nous ne touchons aucun fond, aucune solidité, aucune réalité ultime. Le fond n’a pas de fond, il n’y a que des images qui passent, des ombres et des illusions. » (4)

Imaginez-vous les étudiant/es de Pierre qui reviennent à la maison le soir et qui racontent à leurs parents, à table, qu’ils ne sont rien ! Si l’étudiant n’est rien, son parent non plus ! Alors faisons valser les règles ! Ce n’est sûrement pas le résultat recherché par notre philosophe !  Laissons-le plutôt s’exprimer et pour être dans un bon rapport avec lui, écoutons-le ! « N’être rien n’est pas une lacune, mais au contraire une libération. Nous n’avons plus à nous en faire accroire, à nous forcer pour nous figer dans une position ou une conviction. (…) Si nous ne sommes rien, nous pouvons être tout, à savoir passer librement d’un fragment à l’autre. » (5) Comme je connais bien l’honnêteté de Pierre, je ne vais pas l’accuser d’avoir plagié l’Internationale, vous savez cet hymne communiste où l’on chante « Nous ne sommes rien, soyons tout. » Ni d’être un communiste ! Ce serait une image, une étiquette tout à fait inappropriée !

Soyons sérieux ! Mais au fait, cette chanson était aussi très sérieuse et elle aussi visait la libération de la majorité des humains. « Groupons-nous, et demain L’Internationale Sera le genre humain. » Il y a peut-être plus de lien qu’on le pense !

« Les noms et les explications donnent une fausse impression de familiarité, de maîtrise et de sécurité. » (6)

Tant il est captivant, j’aurais presque le goût de reproduire ici tout le chapitre ! Lisez plutôt le livre ! Mais en attendant, prenez ce hors-d’œuvre : « Les images sont des entraves sur le chemin de la découverte et de l’invention. (…) il nous faut demeurer vigilants de manière à être prêts à les laisser tomber, afin qu’elles n’entravent pas le mouvement et le changement, qu’elles n’enferment pas l’autre et ne nous enferment pas dans une prison, qu’elles n’étouffent pas la créativité spontanée de la vie. » (7) Nous ne sommes pas ici dans les détails ! Cette vision de la vie sera fondamentale dans la suite des choses, dans le développement de la pensée de l’auteur.

L’auteur ne fait pas dans la dentelle non plus bien que son œuvre soit aussi belle que ces tissus européens. « Les relations sont comme toutes les autres manifestations de la vie. Elles s’autosuffisent et ne conduisent à proprement parler nulle part. » [Vous avez bien lu ! NULLE PART !] « Il s’agit d’un chemin, ou plutôt d’un cheminement, sans destination. » (8) Y a-t-il un lien avec « Les chemins qui ne mènent nulle part » de Heidegger ? C’est si loin dans mes souvenirs que je ne peux répondre pour le moment.

Cette conception des relations en vient à contredire ceux qui pensent qu’une séparation ou un divorce est un échec. Pour Pierre, ce n’est pas vrai. Comme il l’écrit si bien : « c’est de toute vie dès lors que l’on peut dire : elle ne vaut rien puisqu’elle se termine. La vie se déroule peut-être entre deux néants, mais c’est précisément ce qui ‘se déroule entre’ qui importe. » (9)

Je rejoins facilement cette vision. J’ai toujours eu de la difficulté à accepter que des années ou des mois passés avec une personne soient considérés comme un échec. J’ai retiré beaucoup de ces moments et de ces personnes et ces expériences me constituent. Mais laissons là mes pensées. Revenons à l’auteur !

L’auteur considère que « De bonnes relations n’ont rien de délibéré ou de volontaire. Elles ne découlent pas d’une intention, mais plutôt d’un vide ou d’une vacance de toute intention. » (10) Toute relation est donc comme une relation amoureuse ou peut-être est-ce l’inverse ! Elle est non volontaire. « …l’amour ne découle pas d’un décision ou d’un geste volontaire. » (11) Vous vous souvenez ? C’était dans le billet # 18. Je vous le dit ! Cet homme a de la suite dans les idées tout en restant ouvert à la vie.

Comme nous ne sommes rien, ça devrait être facile d’avoir l’esprit vide lors de la rencontre de l’autre. Le problème c’est que la pression sociale est énorme pour traîner tout le temps avec nous nos « images » de nous-mêmes et de l’autre. Nous sommes poussés à habiller notre « rien » de toutes sortes d’oripeaux.

Dernière citation de l’auteur : « si nous avons trop d’idées ou trop d’images, trop de connaissances et trop de croyances, pouvons-nous réellement entrer en contact de manière vivante ou créatrice avec quelqu’un, ou tout ne se trouve-t-il pas tout décidé d’avance, forcé d’entrer dans un moule, par conséquent tué dans l’œuf ? » (12)

Outillés avec cette vision, nous pouvons mieux comprendre les conflits, les guerres, les mésententes qui couvrent la planète de part en part. Moi en tout cas j’ai le goût de mieux connaître cet auteur qu’au fond je ne connaissais que par des souvenirs lointains agréables le plus souvent mais si loin de ce qu’il doit être maintenant. C’est pourquoi je vais entamer la lecture de son dernier livre intitulé « Le défi de vivre ». Ce ne sera pas son « dernier » livre longtemps compte tenu du rythme de production et de publication de Pierre. Je devrais plutôt l’appeler son livre de 2009 ! Et en plus je me rends compte qu’entre celui-ci et « le Défi de vivre » il y en a un autre que je ne connaissais pas : Paroles de l’intériorité. Dialogue autour de la poésie. Il a écrit ce livre avec Martin Thibault et il a été publié en 2007 ! J’ai du rattrapage à faire !

Avant de clore cette série de billets, je soulève une dernière question qui m’agace. Si le professeur n’avait pas un diplôme et des connaissances, pourrait-il entrer en contact avec des étudiants ? Une institution accepterait-elle qu’un illustre inconnu se prenne à donner des cours de philo à ses étudiants ? N’est-il pas nécessaire que des critères soient établis pour que les professeurs soient compétents dans la discipline qu’ils prétendent enseigner ? Et alors les étudiants sachant cela peuvent-ils vraiment faire abstraction de cette vaste connaissance du professeur ?

Vous voyez où je veux en venir. Je comprenais et j’acceptais que nous ne soyons en nous-mêmes qu’un magma informe et que tout puisse sortir de nous mais de la à dire que nous ne sommes rien, j’ai une difficulté majeure. Je me donne ce défi de ne pas rejeter cette vision et d’essayer de la mieux comprendre.

Dès que j’aurai terminé ma lecture, je vous reviens avec des billets ! Ça peut être long. Je n’ai pas de méthode de lecture rapide. Surtout pas en philo !

Ah oui ! Voulez-vous bien me dire pourquoi, lorsqu’on parle de philosophie à Radio-Canada on ne parle que de Charles Taylor ? Pourquoi Les Pierre Bertrand, Claude Bertrand, Michel Morin et autres philosophes ne sont-ils que rarement invités ? Nous nous privons de points de vue uniques. Pitoyable.

À bientôt !

__________

(1) Pierre Bertrand, L’intime et le prochain, essai sur le rapport à l’autre, Liber, Montréal 2007, 133 pages.

(2) Idem, page 125

(3) Idem, page 126

(4) Idem, pages 127-128. Note de paumier : je trouve qu’il y a une différence entre le chaos et le rien. Le chaos n’est pas rien. On ne peut dire du rien qu’il est un magma puisqu’il n’est rien. Jusqu’ici l’auteur nous avait parlé de chaos. Ce pas est sûrement voulu. Pourquoi ?

(5) Idem, page 128

(6) Idem, page 129

(7) Idem, page 130

(8) Idem, page 130-131

(9) Idem, page 131

(10) Idem, page 132

(11) Idem, page 96

(12) Idem. Page 132

L’homme seul # 49 § L’attente. ©

L’alarme a retenti pendant des heures. Ça doit être grave comme problème. J’espère que ces idiots n’ont pas l’arme atomique sinon adieu l’humanité, adieu la vie…

Imaginez-vous un peu que tous les jours vous voyez des horreurs, des crimes, des attentats, des blessés, des morts, des victimes de violence, ne deviendriez-vous pas négatifs et pessimistes eu égard à l’humanité ? C’est un peu ce que vivent les policiers et renforce leur vision de défenseurs de la société malade. Il faut les comprendre aussi. Pour reprendre la pensée du philosophe Pierre Bertrand, nous sommes un peu ce policier que nous dénonçons. Il est comme un humain spécialisé dans une fonction, la répression, qui devrait être la nôtre s’il n’existait pas. Ne prendriez-vous pas les moyens pour défendre votre famille, vos ami/es s’ils étaient menacés pas des bandes criminelles sans vergogne ? Toute population en arrive à déléguer cette fonction de protection à une caste particulière : chez les fourmis, chez les abeilles, c’est pareil. La vie pacifique en société demande un tampon, une parade aux violences.

J’ai travaillé jadis…tiens j’y pense, pas de repas ce matin ? La cause de l’alarme d’hier les aurait-elle désorganisés à ce point ?

J’ai donc travaillé jadis en santé et sécurité au travail. Dans les études, il faut distinguer ce qui est de l’ordre de l’injustice (taylorisation, arbitraire, ignorance du processus global, insalubrité, emploi de produits dangereux, traitement des ouvriers accidentés ou malades) ET les malheurs propre à la condition du travail d’exécution. Une révolution prolétarienne doit viser à changer rapidement les premiers mais ne peut que très lentement modifier les seconds ou du moins la révolution doit être désirée par la majorité et offrir des perspectives réelles pour tous si elle veut transformer les seconds.

J’essaie de penser à autre chose pour tromper ma faim mais ce n’est pas facile. L’heure du dîner approche et rien en vue sur la tablette de ma porte. J’aurais aussi besoin d’une bonne douche…Ça tape dans ma porte. Le dîner !!! On me sert une assiette froide avec des tranches de jambon commercial et des haricots verts froids. Mieux que rien.

J’apprécie ce repas autant que le premier que j’avais pris lors de ma première journée de travail d’été comme étudiant. Il m’avait semblé que je n’avais pas mangé depuis deux semaines. Je n’ai même pas pensé retenir le gardien pour lui soutirer des infos sur la situation.

J’en suis quitte pour rester sur ma faim d’information. Le pouvoir ne partage pas l’information. N’est-ce pas une de ses caractéristiques les plus évidentes ?

L’ACTE D’ÉCRITURE

Il se présente souvent pour moi comme une carrière de roche. Je me retrouve devant un des ces quartiers et j’essaie de le faire bouger sans succès. J’ai beau pousser, ahaner, monter dessus, descendre, le palper, sentir au bout de mes doigts toutes ses saillies et ses creux, il ne bouge pas. Quand je ne pense plus à le pousser et que je suis émerveillé par sa forme, les stries qui le traversent, son odeur métallique, là il bouge ! De quelques millimètres ou centimètres et des fois il plane et retombe à 10 mètres devant moi où je ne croyais jamais pouvoir le pousser.

D’autres fois, l’écriture coule comme un petit ruisseau de forêt qu’on aperçoit au détour d’un sentier bien balisé. Et c’est la merveille d’une eau claire qui me ravit pour quelques minutes. C’est ainsi qu’ont coulé ces pensées sur l’acte d’écrire.

Ce témoignage se veut un travail en devenir au sens où je viendrai l’enrichir quelque fois que j’aurai d’autres images ou pensées sur ma façon d’écrire.

J’écris bien le matin. C’est nouveau. Pendant de longues années ce fut la nuit. Ça explique peut-être pourquoi je n’ai pas écrit davantage. J’avais besoin de mes nuits pour dormir avec un boulot qui m’attendait le lendemain.

À suivre !

Nos emprunts à l’allemand

Magnifique photo de Bavière

Nos emprunts à l’allemand sont très nombreux. Plus de 500 répertoriés par le Petit Robert. (1) C’est 4 fois moins que l’anglais mais c’est beaucoup !

Une bonne partie des mots allemands sont ceux de la psychanalyse dont le père était un juif allemand après tout (Freud) ! Ainsi lorsqu’on fait une abréaction (2), il faut en remercier l’allemand !

L’horrible barbiturique revient aussi à l’allemand ! Le terme calèche nous vient aussi de l’allemand mais est un mot tchèque à l’origine.

Que connaissons-nous dans les d ? Le déterminisme (3), doctrine philosophique est allemand d’origine. D’ailleurs, un bon étudiant en philosophie a intérêt à apprendre l’allemand à cause de la surreprésentation des Allemands dans cette discipline : Hegel, Fichte, Kant, Heidegger, Nietzsche, Marx, etc.

L’ego tellement monté en mayonnaise dans notre culture est aussi un cadeau allemand ! Évidemment, les Allemands l’avaient emprunté au latin (je).

Le fifre, la petite flûte traversière en bois vient de pfeifer en allemand et sa racine le fait remonter là aussi au latin pipeau (pipare). Toutefois, en latin, le pipeau est surtout stipula mais c’est une autre histoire !

Que nous réserve le g, puisque l’allemand est dit guttural ? Le génome (4) tellement à la mode scientifique des années 2000 nous a été prêté par l’allemand (genom) !

Le hamster que nos enfants aiment tant nous vient aussi de nos cousins les Germains.

Le seul mot en i que nous devons aux allemands et encore certains le font débuter par un j est iodler, c’est-à-dire « vocaliser en passant de la voix de poitrine à la voix de tête et vice versa, sans transition. », chanter à la tyrolienne.

Le kapo dans les camps de concentration nazis est un acronyme de Kamerad Politzei.  C’était « un(e) détenu(e) chargé(e) de commander les autres détenus. »

Le leitmotiv (5) (que j’aime bien !) est allemand !

En philosophie, le monisme est un « système qui considère l’ensemble des choses comme réductible à l’unité. » Rien à voir avec les moines ! Les Allemands se sont inspirés du grec ‘monos’ qui signifie seul.

Tellement présent en Ontario, le nickel signifie en allemand « lutin des mines » !

L’allemand nous a aussi arrosé d’obus…Nous aurions préféré qu’il les garde pour lui. Aurait-il créé en nous la paranoïa ? Possible.

Ils se sont bien repris les Allemands (ou les Lorrains et Alsaciens ?) en nous transmettant la quiche si délicieuse ! Ils sont presque pardonnés ;)   En ajoutant à cela le riesling, ils sont devenus nos frères !

Les détestables S.S. font aussi partie de notre langue. Le sigle est apparu en 1934 ; il signifie Schutz-Staffel « échelon de protection ».

Après tous ces désastres, nous avions besoin de la thérapie que les Allemands avaient repris au grec ancien therapeia. Mais ô surprise, un vampire nous attend au salon !  Les Allemands avaient déjà emprunté ce mot au serbe…

De mes années d’études en philo, j’ai retenu à jamais la weltanschauung. Elle est une « vue métaphysique du monde, sous-jacente à la conception qu’on se fait de la vie. » Je ne vous demande pas de retenir ce mot ! Tout le reste oui ! Il y aura un oral dans deux jours à mon bureau ! (rires)

Pour terminer l’alphabet (par ailleurs incomplet), retenons que le zinc nous vient de l’allemand.

Belles influences, non ?… Qui a dit non ? Qui ?  Je veux qu’il se présente en avant, sinon nous liquidons tous ses parents dans 5 heures ! (rires)

Ne poussons pas l’influence trop loin quand même. Et puis les Allemands ont bien changé depuis la Deuxième grande guerre…dit-on.

__________

(1) Le Petit Robert informatisé, 1996. Toutes les définitions incluses dans le texte et ci-après proviennent de ce fantastique outil de la langue française.

(2) Définition du Petit Robert : Brusque libération émotionnelle ; réaction d’extériorisation par laquelle un sujet se libère d’un refoulement affectif.

(3) Doctrine philosophique suivant laquelle tous les événements, et en particulier les actions humaines, sont liés et déterminés par la chaîne des événements antérieurs.

(4) Définition : terme de biologie. Ensemble des chromosomes d’un gamète. Le génotype d’un être humain est constitué de génomes venant de son père et de sa mère. Le séquençage du génome humain.

(5) Définition du Petit Robert : 1 Musique | Motif, thème caractéristique, ayant une signification dramatique extra-musicale et revenant à plusieurs reprises dans la partition. 2 (1898) Figuré Phrase, formule qui revient à plusieurs reprises.

La création vue par le philosophe québécois Pierre Bertrand # 22

Jacques Villon ou l.art glorieux

Je poursuis aujourd’hui la présentation du livre (1) du philosophe Pierre Bertrand. Nous abordons le chapitre 14 qui traite de la création.

D’entrée de jeu, Pierre Bertrand affirme que « Percevoir est plus puissant ou plus vivant que savoir. Alors que le savoir est un résultat de l’expérience passée, la perception ouvre à ce qui est en train d’avoir lieu. Elle se trouve au moteur de la création. » (2)

Pierre a beaucoup écrit et particulièrement sur la création. Je ne l’ai pas lu encore mais je me promets de le faire avant ma mort ! Ce chapitre sur la création est très court mais d’une densité et d’une intensité remarquable. L’auteur est en terrain connu.

C’est comme si la création était une représentation de la vie vécue au même diapason.

« La réalité n’est pas stable, mais ne cesse de changer. Le percevoir ne peut pas être une position stable, mais consiste à épouser le mouvement, ses incertitudes, son imprévisibilité, son énigme. Créer n’est pas savoir, mais participer d’un mouvement qui dépasse tout savoir et toute maîtrise, mouvement toujours déjà en cours et qui ne cesse de se produire, qui précède notre naissance et suit notre mort, non seulement la naissance et la mort d’un individu, mais celles de l’humanité. » (3)

Et voilà le trait d’union avec le cœur de l’œuvre : « Créer est un acte d’amour. » Lorsque nous créons, « nous allons au-delà de nous-mêmes. N’est-ce pas la meilleure attitude pour rencontrer l’autre ? » (4)

« C’est au milieu de la vie telle qu’elle est, imparfaite, bancale, au milieu des conditions telles qu’elles sont, laissant à désirer, voire carrément mauvaises, qu’il nous faut aller de l’avant et créer. » (4) On dirait que le philosophe parle de Marc-Aurèle Fortin mais ça pourrait aussi être de Van Gogh ou de très nombreux autres artistes qui ont créé dans des conditions sordides.

Et voici une pensée qui me touche beaucoup : « La création se fait fréquemment en dépit des mauvaises conditions, précisément pour les transformer, trouver une issue au sein de l’impasse, découvrir une solution au sein du problème, tracer une ligne de liberté ou de libération au milieu des causes et des raisons. » (5)

Pierre aborde ainsi l’acte d’écrire et de publier et leurs exigences pour intéresser l’autre. Il souligne l’importance de présenter le singulier et l’universel pour vraiment toucher et intéresser l’autre. « C’est toujours avec l’autre que nous avançons sur le chemin de la création, ce chemin étant à la fois unique et commun, singulier et universel. » (6)

Mon prochain billet abordera la conclusion de ce livre lumineux mais obscur à la fois; abordable et impénétrable.

__________

(1) Pierre Bertrand, L’intime et le prochain, essai sur le rapport à l’autre, Liber, Montréal 2007, 133 pages.

(2) Idem, page 119

(3) Idem, page 120

(4) Idem, page 121

(5) Idem, page 122

(6) Idem, page 124

Deux grands hommes: Cicéron et Juvénal

Juvénal

-Cicéron était un homme de vision. Il a bien vu. Nous avons conservé de lui une excellente opinion non seulement après 600 ans mais après 2050 ans puisqu’il est mort en l’an 43 avant notre ère !

“Et l’histoire aussi, que dira-t-elle de moi [nous] dans quelque six cents ans ? Or je m’en inquiète, pour ma part, beaucoup plus que des vains propos des hommes d’aujourd’hui.” Cicéron, Lettres à Atticus, tome I, page 108 et 109, Garnier, Paris, 1937, 464 pages

-Cicéron avait besoin de beaucoup de reconnaissance. Ne sommes-nous pas tous comme ça, consciemment ou inconsciemment ? Il cite Homère, le grand poète mais il reprend ces mots à son compte.

“Ah ! puissé-je ne pas périr sans lutte et sans gloire, mais accomplir un exploit que la postérité même admirera” Citation de Homère in Cicéron, Lettres à Atticus, tome II, pages 258-259,  Garnier, Paris, 1937, 416 pages

-Notre auteur valorisait beaucoup le bien commun. Notion que nous avons à redécouvrir par les temps qui courent où chacun veut tirer les marrons du feu.

“Toutefois les choses en sont au point que je doive faire abstraction de moi-même et préférer ce qui vaut le mieux pour tous à l’intérêt particulier de ceux auxquels je me suis joint.” Cicéron, Lettres à Atticus, tome II, pages 386-387, Garnier, Paris, 1937, 416 pages

-Le grand avocat faisait totalement confiance à son ami Atticus.

“Je n’ai d’espoir pour mon crédit et pour ma fortune personnelle qu’en cette bienveillance dont tu m’as donné tant de preuves.” Cicéron, Lettres à Atticus, tome II, pages 330-331,  Garnier, Paris, 1937, 416 pages

-Juvénal se prononce sur la gravité d’un crime, en général.

“Car l’homme qui, dans le secret de son coeur médite un crime, est déjà coupable d’une action criminelle. Qu’est-ce, dis-moi, s’il la consomme ?” Juvénal, Satires, satire XIII,  page 165-166, Paris, Les Belles Lettres, 14ième tirage, 1996, 222 pages.

-Juvénal, le moraliste mais aussi l’observateur implacable de son temps critiquait sans peur la classe riche de son temps. Il a vécu à Rome de la fin du 1er siècle jusque dans le 2ième siècle de notre ère. Il aurait dit la même chose des possessions des riches et mafieux d’aujourd’hui.

“C’est le crime qui donne ces jardins, ces châteaux, ces tables, cette argenterie ancienne.” Juvénal, Satires, page 9, Paris, Les Belles Lettres, 14ième tirage, 1996, 222 pages.

# 4 Chroniques du babillard : les événements se bousculent.

Le 12 dernier, une surprise pour moi au babillard : une chaînette au bout de laquelle pendait deux grelots silencieux ! Très courte chaînette ; pas plus de 6 cm au total. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir au sens de cet affichage. J’ai été agréablement touché par ce dépôt. Je sais que les grelots étaient des faux car je les ai décrochés et brassés. Rien ! Pas un tintement. Je suis resté trop longtemps devant le babillard ouvert. Je dois absolument réduire la fenêtre temporelle qui permettrait à un inconnu de découvrir mon identité.

J’ai pensé par la suite que c’était fort probablement une femme qui est l’autre. Un homme n’aurait pas ce type d’objet en sa possession. Mais un gai, ou un homme décidé à me tromper ? C’est possible.

Le 13, le petit jeu a continué. Le 14, j’avais préparé un coup de théâtre : une lettre anonyme à une femme qui devait se reconnaître. Elle n’avait jamais été autant aimée, etc. Aucune réponse écrite mais l’autre a tiré sur ma lettre, déchirant le haut avec la punaise rouge plantée dedans. Tout cela pour tracer une nouvelle figure géométrique : un hémicycle ! Serait-ce celui d’une église ? Un mariage proposé ? De un je ne marierais plus à l’église ; de deux, je ne me marierai plus. Trop de tracasseries juridico-sentimentalo-bureaucratiques.

J’étais allé à minuit porter ma lettre de Saint-Valentin. Que de mauvaise foi de ma part !

Je me suis préparé une défense : à quiconque me prendrait la main dans le babillard, je répondrais, s’il fallait qu’il ou elle ait le culot de me demander des explications qu’un malotru s’amuse avec le babillard « officiel » de la direction et que je replaçais les punaises comme à l’origine. Mais j’agis très vite. Admettons que ce soit l’autre qui me prenne sur le fait, encore faudrait-il qu’elle se trahisse elle-même ! Je résisterais avant d’avouer.

Tracer des figures géométriques ne me suffit plus. Je veux aller plus loin, je veux me surpasser, me dépasser et étonner l’autre, que dis-je, provoquer son admiration. Je vais peut-être aller insérer un carré rempli de punaises comme un régiment romain, bien aligné. Vous voyez ? C’est comme ça qu’un petit malfaiteur devient graduellement un grand malfrat. Il ne se contente plus de la recette originale. Il lui faut davantage de kicks (de frissons en français svp).

J’aimerais bien que ce soit une belle grande dame de 5 pieds 10 pouces ! Une femme que je puisse embrasser sans me casser le dos en deux. J’en ai tellement embrassé de petites que j’ai développé un syndrome facettaire au milieu de la colonne. La facette est ce lieu de la vertèbre où s’enfilent des nerfs comme dans le chas d’une aiguille. La formation d’os supplémentaire par arthrose dans ces facettes amène le coincement des nerfs et la douleur. Alors ne m’en voulez pas de rêver à une grande femme !

Le corps vu par le philosophe québécois Pierre Bertrand # 20

Je poursuis aujourd’hui la présentation du livre (1) du philosophe Pierre Bertrand. Nous abordons le chapitre 13 qui traite du corps.

Le chapitre s’ouvre sur cette belle phrase : « L’énigme de l’autre est une inspiration. Son visage est un mystère. Nous entrons en contact avec lui par la complicité des sourires. » (2) Et aussi : « Les amoureux communiquent par le silence, par les caresses, par les regards. » (2) Cette communication se fait aussi avec des inconnus. Elle n’est jamais traduite en mots mais elle est prégnante.

Si les malentendus sont nombreux dans la conversation, imaginons comme ils peuvent être trompeurs dans les regards ! « Les malentendus, ou plutôt les malvus, apparaissent dès qu’il y a interprétation du silence, des gestes et des regards. » Le philosophe nous conseille de ne pas tenter d’interprétation si nous ne voulons pas créer de contresens. » (2)

« Le langage silencieux des corps n’a pas besoin d’être transcrit. » (3) Toute traduction est une trahison. L’auteur trouve que la pragmatique utilise ce langage ou plutôt ce non-langage. C’est exact et tout le monde l’utilise pour prendre des décisions, faire des propositions, des suggestions. L’animateur d’un petit groupe fait fond sur ce langage et facilite la prise de parole en interprétant constamment le langage corporel. Le psychologue clinicien fait de même et d’autres spécialités dont celle de professeur. J’aimerais bien demander à Pierre s’il s’empêche de juger ces gestes lorsqu’il en perçoit chez ses élèves. Bien sûr, il faut vérifier si notre interprétation est valide.

Nous croyons connaître un corps, « mais nous ne connaissons jamais que des parties, le corps comme tel, comme réalité ou comme vie, ne cessant de nous échapper dans son altérité, comme nous échappe l’individualité ou la singularité de l’autre. » (4) On pourrait penser que si la connaissance de l’autre est impossible dans son entièreté que la connaissance de son corps l’est. Mais non ! Le philosophe étend l’inconnaissance au corps. Le corps fait partie du chaos : le nôtre et celui de l’autre.

« La mort du corps aimé est la suprême tragédie. C’est en partie notre corps qui meurt également, ce corps qui trouvait sa joie et sa vitalité dans le contact de l’autre, dans sa contemplation, ses caresses et ses baisers. » (5) N’est-ce pas magnifique comme compréhension ?

Et là notre auteur termine ce chapitre avec une conclusion radicale. Évidemment, vous n’avez pas le texte antérieur devant les yeux mais regardez-bien ceci :

« Il n’y a pas en effet de véritable explication à l’ensemble des liens subtils, complexes, étranges qui entrelacent les individus les uns aux autres. L’explication fournie par la religion instituée, prétendument révélée, mais produite par la pensée, dont le principe réside dans un Être tout-puissant construit sur le modèle de l’homme, demeure ‘humaine, trop humaine’, pour parler comme Nietzsche. Elle fait elle-même partie de l’illusion comme part importante du lien mystérieux reliant l’homme à la nature et les corps entre eux. Dans tous les cas, ce qui demeure étrange ou mystérieux, c’est le lien lui-même. » (6)

Comme j’aime cette conclusion qui se présente en fait comme athée sans le claironner.

- la religion prétendument révélée

- mais produite par la pensée

- un être tout-puissant anthropomorphe

J’aimerais bien savoir si l’auteur donne à ce passage la même importance que je lui donne !

Le prochain chapitre portera sur la création. La création humaine !

__________

(1) Pierre Bertrand, L’intime et le prochain, essai sur le rapport à l’autre, Liber, Montréal 2007, 133 pages.

(2) Idem, page 107

(3) Idem, page 108

(4) Idem, page 109

(5) Idem, page 113

(6) Idem. page 117

Tentative de haïkus

quelquefois des saveurs

reviennent

sur mes papilles


un rien éveille

en moi

des souvenirs


je suis rien

je peux

être tout


viens avec moi

soyons

heureux


les pépiements

me rendent

heureux quelquefois


j’ai connu

un kiwi

bruissant !

L’homme seul # 48 § L’alarme bloque tout. ©

La porte n’était pas refermée qu’une alarme lugubre retentit dans l’enceinte. L’officier active prestement un levier sous son bureau et dans la seconde deux soldats entrent sans frapper.

- Amenez-le dans sa chambre.

- Que se passe-t-il ?

- Ça ne vous regarde pas. Amenez-le !

Je suis ramené à ma cellule au pas de course et ils courent vite ces militaires ! En un rien de temps je suis poussé sans ménagement dans ma cellule. Je m’assis sur mon grabat pour réfléchir. Impossible avec cette satanée alarme qui tonitrue encore. Que peut-il bien se passer ? Une attaque ? Une évasion ? Un incendie ? Le saurais-je jamais ?

C’est le problème avec les forces militaires ou paramilitaires comme la police. Elles constituent une contradiction de la démocratie en pleine démocratie. Elles sont le ver dans la pomme. Celui qui n’a jamais été détenu dans une poste de police ne sait pas ce qu’est la dictature ici. On peut te laisser des heures sans manger ni boire ; on peut te réveiller en pleine nuit pour un interrogatoire menaçant ; souvent on ne t’informe pas de tes droits…dans les années ’60 en tout cas c’est ce que j’ai vécu ; pas le droit de faire un téléphone ; pas le moyen de savoir la raison de l’arrestation et de la détention. Un vrai cours de dictature 101. Est-ce que ça a changé depuis le temps ? Peut-être mais sûrement pas tout. La police est une dangereuse organisation paramilitaire où les Dirty Harry et Rambos en puissance sont nombreux. Et n’allez surtout pas crier à la torture, vous passerez pour un illuminé. On voit avec le traitement des Afghans et des talibans ce que nos dirigeants font avec les accusations de torture même lorsqu’elles sont reconnues par des fonctionnaires honnêtes et courageux.

Il vient à ne plus y avoir grande distinction entre la police, l’armée, les services secrets et autres officines paranos. Tout le monde travaille contre le complot et quand il n’y en a pas vraiment, on en crée ou on peut en importer ! Prenez les révélations apprises sur les agissements de la GRR au Québec durant les années ’70 : ils ont brûlé une grange, volé les listes du POQ et même posé des bombes. La commission Kerble a dévoilé ces bijoux au grand jour. (1)

J’espère que nos voisins du sud ne sont pas aux mains des dizaines d’agences de renseignement et d’espionnage, contre-espionnage et contre-contre-espionnage recensées. Si c’est le cas, la civilisation est terminée chez eux.

On me dira que sans police, ce serait le Far West partout. Je répondrai que c’est le Far West partout malgré la police. Ça serait pire sans ? Possible. Il faudrait la réinventer mais il faudrait surtout une révolution sociale pour tout reprendre à neuf car la police n’est que le reflet des instincts carnassiers de nos classes dirigeantes.

__________

(1)  Ce récit est une œuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes ou organisations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

L’amour au centre de la vision du philosophe québécois Pierre Bertrand # 19

Je poursuis aujourd’hui la présentation du chapitre 12 du livre (1) du philosophe Pierre Bertrand portant sur l’amour.

« Quand on fait l’amour, c’est avec l’autre tout entier, et non seulement avec son corps. C’est la présence de l’autre qui est si excitante, présence où il se perd – où nous nous perdons mutuellement. Là aussi, dans cet abandon mutuel, c’est ce qu’il y a d’inconnu, situé au-delà de la volonté, au-delà de l’identité, ce qu’il y a d’animal, de primitif, d’instinctif, de pulsionnel qui communie. » (2) N’est-ce pas intéressant et captivant ?

Par contre, plus loin, Pierre ajoute : « Un corps insensible ou indifférent n’est pas excitant. Il est comme séparé de l’esprit – comme mort. » (2) Je suis plutôt certain que l’auteur n’a pas raison ici. S’il avait raison, la prostitution n’existerait pas, les revues érotiques n’auraient aucun succès et les motards perdraient de l’argent avec les bars de danseuses. On pourrait me répondre que le jeu, le faire semblant des femmes (ou hommes) impliquées dans ce commerce sexuel peu remplacer les émotions réelles. Je pense tout de même que tout se passe dans la tête de celui (ou celle) qui fait appel à ces services.

Une prostituée me disait que certains hommes sont incapables de jouir avec elle. Elle croyait que c’est parce qu’ils avaient besoin d’aimer pour y arriver. Pourtant de nombreux autres de ses clients n’ont aucun problème.

Pierre revient aussi sur un des thèmes majeurs de sa pensée : « L’altérité est aussi en nous. Nous sommes un autre ou un étranger pour nous-mêmes. Le fond de notre être est tout aussi énigmatique que l’est l’autre personne. Nous nous échappons à nous-mêmes. Je est un autre et l’autre est un alter ego. (3) Quand nous tentons de détruire l’autre, nous tentons aussi de détruire ce qu’il y a d’étranger ou d’inconnu en nous. » (4) Dans cette dernière phrase, on retrouve tout ce qu’il faut pour instaurer une paix durable sur la planète, en autant qu’on écoute le philosophe, qu’on le médite et qu’on agisse en conséquence.

Notre auteur aborde ensuite une question qui m’est très chère. « Dieu est-il vraiment le tout autre – le Transcendant, l’Infini, l’Éternel –, comme l’homme le prétend ? Où n’est-il pas plutôt une projection mentale de l’homme, un rouage dans la machine du cerveau, une pièce maîtresse dans un système d’explication du monde ? » (5) Je le pense allègrement !

À suivre !

_________

(1) Pierre Bertrand, L’intime et le prochain, essai sur le rapport à l’autre, Liber, Montréal 2007, 133 pages.

(2) Idem, page 101

(3) trad. : autre moi

(4) Idem, page 102

(5) Idem page 103

Quand Cicéron écrivait à son ami Atticus ou comment parler à un ami.

* “Je brûle de t’avoir auprès de moi comme conseiller de toutes mes déterminations, comme associé de toutes mes peines, comme confident de toutes mes pensées.” Cicéron, Lettres à Atticus, tome I, page 168 et 169, Garnier, Paris, 1937, 464 pages. Quelle belle preuve d’amitié !

* “Je t’assure donc en toute sincérité qu’au milieu de ces transports de joie et parmi tant de manifestations touchantes il n’a manqué, pour que ma satisfaction  fût complète, que ta seule présence ou mieux que tes embrassements.” Idem, tome I, page 232 et 233, Garnier, Paris, 1937, 464 pages.

* “Je souhaite que notre grande amitié soit nouée par le plus de liens possibles, si étroits que soient déjà ceux de notre affection; il s’en faut donc du tout au tout que j’aie l’intention de relâcher si peu que ce soit celui qui nous attache l’un à l’autre.” Idem page 402.

* “il me répugnerait de donner à un homme qui n’est pas de mes amis le spectacle de mes misères, au point surtout où elles en sont.” Cicéron, Lettres à Atticus, tome II, pages 264-265, Garnier, Paris, 1937, 416 pages.

* « Et puis j’ai merveilleusement goûté le soin que tu as pris de me mettre au courant de tout.” Idem page 16.

* “Je te place si haut dans mon estime qu’il est peu de personnes qui me soient aussi chères que toi.” Idem. Pages 200-201.

* “Si tu veux bien la [ta bienveillance] mettre à mon service en ces temps malheureux et critiques, je supporterai plus courageusement les périls qui me sont commun avec tout le monde.” Idem, pages 330-331

* “Si donc tu viens à savoir là-dessus quoi que ce soit qui paraisse devoir m’intéresser, il me sera on ne peut plus agréable que tu prennes soin de m’en informer.” Idem, pages 326-327.

* “Si tu n’as rien à me dire, il faut m’écrire tout ce qui te passera par la tête. » Cicéron, Lettres à Atticus, tome I, pages 30 et 31, Garnier, Paris, 1937, 464 pages.

* « Je te demande de me dévoiler entièrement ta pensée, que je veux saisir jusqu’au fond.” Cicéron, Lettres à Atticus, tome II, pages 140-141,  Garnier, Paris, 1937, 416 pages.

* « C’est maintenant qu’il me faut tes conseils, ton amitié, ta fidélité.” Cicéron, Lettres à Atticus, tome I, page 160 et 161, Garnier, Paris, 1937, 464 pages.

Cicéron a aussi écrit un traité sur l’amitié qui est très célèbre. « De amicitia »

Les contributions africaines à notre langue

Il est vrai que l’Afrique est pauvre. Son appauvrissement est dû en bonne part à la rapacité de l’Occident, et maintenant de la Chine à son endroit. Malgré cette pauvreté, l’Afrique est généreuse : elle nous a donné au moins 25 mots répertoriés par le Petit Robert. (1)

Si vous n’avez jamais assisté à un candomblé de Bahia, vous avez sûrement déjà vu un chimpanzé ! Vous n’avez jamais entendu parler du gombo (angolais) ? Alors vous connaissez probablement le terme igname ! Les deux servent en alimentation humaine.

Lisez-vous le dépliant hebdomadaire de Jean Coutu ? Vous aurez alors entendu parler du karité. Non, ce n’est pas la charité avec un « k » ! C’est un « arbre (sapotacées) appelé aussi arbre à beurre, qui croît en Afrique équatoriale et dont la graine renferme une substance grasse, comestible après traitement et utilisée dans la fabrication des cosmétiques (beurre de karité). »

Le marimba (bantoue) est distinctement africain. Auriez-vous cru quelqu’un qui aurait prétendu que le mot tango est africain ?  Et bien le Petit Robert accrédite l’Afrique pour ce mot tout en notant ‘peut-être’. Ça reste donc un mot d’origine hispano-américaine pour le moment !

La sanza est bien africaine. C’est un « instrument de musique africain traditionnel, fait de lamelles vibrantes. »

Le vaudou n’est pas un jeu pour celles et ceux qui le pratiquent. Ce mot proviendrait du dahoméen vodu. C’est un « culte animiste originaire du Bénin, répandu chez les Noirs des Antilles et d’Haïti, mélange de pratiques magiques, de sorcellerie et d’éléments pris au rituel chrétien ; divinité de ce culte. »

Par contre, le walé est un jeu ! « Jeu africain qui consiste à faire passer des pions (graines, cauris) d’un trou à l’autre, selon des règles précises, dans une table évidée de douze trous ; cette table. »

Pour paraphraser le poète John Donne (1572-1631) qui a écrit « No man is an island (2) » Je dirais que nulle langue n’est isolée. Elle fait partie du grand tout de l’humanité et s’enrichit constamment au contact des autres cultures.

__________

(1) Les mots d’origine africaine, les définitions reproduites ici sont toutes tirées du Petit Robert électronique 1996. Il se peut donc que depuis 14 ans d’autres mots africains soient passés dans la langue française. J’en connais au moins 1 : maghrébin. Ce mot apparaît comme un apport de l’arabe.

(2) traduction littérale : « aucun homme n’est une île. » C’est-à-dire que chacun fait partie d’un ensemble qui l’englobe.

L’amour au centre de la vision du philosophe québécois Pierre Bertrand # 18

Lamour et la peur. Emprunté ici : http://3.bp.blogspot.com/_jHKDGwAuTTg/SvX0DmKlx1I/AAAAAAAAC5Y/ge8RkmvjqdU/s400/gouveiac_65866_L_AMOUR_ET_LA_PEUR.jpg

L'amour et la peur. Emprunté ici : http://bit.ly/9qmEZO

Je poursuis aujourd’hui la présentation du chapitre 12 du livre (1) du philosophe Pierre Bertrand portant sur l’amour. Un chapitre central de cette œuvre et d’une richesse considérable.

Notre auteur a des très belles paroles à l’endroit de l’amour. « …l’amour ne découle pas d’un décision ou d’un geste volontaire, il émane au contraire du plus profond de nous-mêmes. Il nous emporte malgré nous. (…) L’amour est involontaire et l’attention qui le maintient en santé est elle aussi involontaire. » (2) Je ne suis pas certain que le philosophe ait raison sur ce dernier point, celui de l’attention. Des couples vont, par exemple, suivre des sessions pour améliorer leur relation et la question de l’attention à l’autre est soulevée. Ainsi on peut apprendre à porter attention à l’autre et les gestes qui en découlent sont moins involontaires. Mais il s’agit là d’un détail.

Je me rends compte et ce n’est pas la première fois, qu’il est difficile d’être fidèle à l’auteur car on ne peut tout commenter. Ça reviendrait à réécrire le texte avec nos commentaires ! Il faudrait que je réfléchisse davantage à ma méthode d’analyse et à la difficulté de synthétiser un philosophe !

« C’est dans la mesure où nous entrons en contact avec toutes les facettes de quelqu’un que nous pouvons vraiment l’aimer. Si nous n’aimons que certains aspects, que certaines apparences, l’amour est aveugle et s’évapore dès qu’il recouvre la vue. C’est uniquement si nous connaissons l’autre dans le plus grand nombre de ses aspects, ses qualités et défauts, ses forces et ses faiblesses, que nous l’aimons dans son être et non dans l’image et le fantasme que nous en avons. » (3) Ne peut-on pas connaître très bien l’autre mais n’aimer que certains aspects ? C’est ce qu’on fait avec des artistes, des livres, des films. Pourquoi pas avec des personnes ? Admettons que j’aime beaucoup une femme pour de nombreuses qualités qu’elle a, je peux très bien savoir qu’elle a une tendance à trop boire et ne pas aimer cette partie d’elle-même si le phénomène est important.

Aussi, je suis troublé par ce passage de l’œuvre. L’auteur n’a-t-il pas répété de nombreuses fois que l’autre est un total inconnu et que nous sommes inconnus à nous-mêmes ? L’altérité dans son obscurité est en nous. Alors comment dire que nous connaissons l’autre « dans le plus grand nombre de ses aspects » ? Nous n’avons pas d’identité, nous sommes en nous-mêmes un magma confus.

Pierre répond à cette question à la page suivante. « Il y a en l’autre, comme d’ailleurs en nous, de grands pans inconnus. Ils sont inconnus non seulement pour nous, mais aussi pour l’autre. C’est là par où l’autre s’échappe et nous échappe. (…) Avoir l’impression de bien connaître quelqu’un n’est pas l’aimer. » (4) « L’amour libère alors que la connaissance ou la prétention de connaître emprisonnent. » (4) Pourtant Pierre nous disait plus haut « C’est uniquement si nous connaissons l’autre dans le plus grand nombre de ses aspects, ses qualités et défauts, ses forces et ses faiblesses, que nous l’aimons ». Je suis un peu dérouté là.

À suivre.

_________

(1) Pierre Bertrand, L’intime et le prochain, essai sur le rapport à l’autre, Liber, Montréal 2007, 133 pages.

(2) Idem, page 96

(3) Idem, page 99

(4) Idem page 100

Le temps qui passe

mars 2010
D L Ma Me J V S
« fév    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

Thèmes abordés ici