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fév 4

Quelques flashes d’André Comte-Sponville : richesse, gauche, suicide et le reste.


« Il est bon par les temps qui courent, de relire parfois le vieil Engels : ‘La basse cupidité fut l’âme de la civilisation, de son premier jour à nos jours, la richesse, encore la richesse et toujours la richesse, non pas la richesse de la société, mais celle de ce piètre individu isolé, son unique but déterminant.’ Qui oserait dire que cela n’est plus vrai aujourd’hui, ou que cela l’est moins ? « 

André Comte-Sponville, Impromptus, PUF, Collection Perspectives critiques, 1996, page 27

J’ajoute : qui oserait oublier Marx et Engels dont les idées, même si déformées quelquefois (ou souvent) ont eu un tel impact sur l’histoire du monde ?

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« Je n’en reste pas moins persuadé que la morale, dans son principe, est de gauche, comme toutes les valeurs (oui: même la liberté, même la patrie), puisqu’elle ne fait aucune acception de personne ni de richesse, puisque la gauche ne saurait exister sans elle, ni contre elle: pour être de gauche, on a besoin de valeurs, d’idéaux de principes, alors que pour être de droite, comme chacun sait, et c’est le coup de génie de la droite, son intelligence spécifique, son bien-fondé propre, qui la voue à la victoire peut-être perpétuellement, que pour être de droite, donc, et c’est presque une définition, les intérêts suffisent. Que s’y ajoute une morale, chez la plupart, nul ne l’ignore. Mais elle s’y ajoute, alors qu’elle est au principe de l’autre camp »

André Comte-Sponville, Impromptus, PUF, Collection Perspectives critiques, 1996, pages 30-31

N’est-ce pas intéressant comme point de vue ? Cela expliquerait les difficultés de la gauche de gagner le pouvoir puis d’y rester sans se dénaturer : elle affronte des intérêts irréfrénés, colossaux.

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« Les stoïciens y voyaient plutôt la réussite ultime, qui venait, pour le sage, clore une longue suite de triomphes. Pourquoi non ? Le suicidaire ne meurt pas davantage que les autres, et pas plus tôt que beaucoup. Il meurt différemment, certes, puisqu’il meurt volontairement. C’est pourquoi aussi, parfois, il meurt mieux. »

André Comte-Sponville, Impromptus, PUF, Collection Perspectives critiques, 1996, pages 97-98

Plutôt marginal comme vision mais intéressante. Ce qui ne devrait pas nuire à la prévention car le suicide accompagne souvent la maladie et n’est pas souhaitable. N’oublions pas de Comte-Sponville est un philosophe et que la philosophie est radicale. Il faut aussi lire le reste de ce qu’il dit sur le suicide. La preuve ? Lisez l’extrait suivant.

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« Il s’agit, ni plus ni moins, de gagner du temps sur l’inévitable, de devancer le néant, de prendre le destin, si l’on veut, de vitesse. Le suicide n’est ni l’infamie que certains condamnent ni l’apothéose dont d’autres se réclament. Évitons louanges et diatribes.  Le suicide n’est ni un sacrilège ni un sacrement, ni une apothéose ni une apostasie. C’est un chemin de traverse, simplement, le plus bref, le plus radical, une échappée sur rien, une anticipation de l’inéluctable. C’est un raccourci définitif. »

André Comte-Sponville, Impromptus, PUF, Collection Perspectives critiques, 1996, pages 100-101

J’ai lu !

avr 16

Lucrèce sur le vieillissement

Posted on Jeudi, avril 16, 2009 in Lucrèce, Matérialisme, Mort, Philosophes, Vieillissement

 

 

Le vieillissement a ses avantages! Soyons positifs! :)

Le vieillissement a ses avantages! Soyons positifs! :)

 

Comme Juvénal dont j’ai publié un extrait de ses satires dernièrement, Lucrèce, lui aussi décrit bien le vieillissement des humains. Pourquoi ce thème revient-il si souvent dans mon blogue? C’est que je vieillis moi-même et je vois des gens vieillir autour de moi. Beaucoup acceptent mal le vieillissement. Mais il fait partie intégrante de la vie. Comme la mort! La mort est, si on veut, la dernière marche de l’escalier de la vie!

« Nos corps font des pertes importantes, il faut en convenir, mais le compte des acquisitions domine jusqu’au jour où le faîte de la croissance est atteint. Dès lors, insensiblement les forces diminuent, la vigueur de l’adolescence est brisée et l’âge glisse vers la décrépitude. Plus est vaste en effet un corps qui ne cesse de croître, plus sa surface est large, et plus nombreux sont les éléments qu’il répand de toutes parts et qui s’échappent de sa substance. Les aliments ne se répandent plus aisément dans toutes les veines et ne suffisent pas pour réparer les flots de matière qui s’échappent sans cesse et pour fournir la substance de remplacement. Il est donc fatal que les corps périssent, étant moins denses à cause de leurs pertes incessantes et plus faibles contre les chocs qui surviennent. Car la nourriture finit par manquer au grand âge; et dans son état d’affaissement l’être résiste mal aux chocs répétés du dehors, sa résistance est vaincu par leur acharnement. » (1)

Et la mort arrive. Mais pourquoi avoir peur de la mort? Lorsqu’elle est là, nous n’y sommes plus et quand nous y sommes, elle n’y est pas!

Bon voyage humain à toutes et à tous!

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(1) Lucrèce, De la nature, traduction, introduction et notes par Henri Clouard, Garnier-Flammarion, 1964, page 81

 

mar 24

Lucrèce : les plaisirs simples de la vie -7 et fin-

Posted on Mardi, mars 24, 2009 in Bonheur, Hédonisme, Lectures, Lucrèce, Plaisir

Je termine cette série de billets sur Lucrèce par une citation tirée du Livre cinquième de son De la nature.

« …nos lointains aïeux , souvent étendus en groupe sur un tendre gazon au bord d’un ruisseau, à l’ombre d’un grand arbre, prenaient à peu de frais leur plaisir, surtout quand la saison souriait et que le printemps émaillait de fleurs les herbes verdoyantes. C’était le temps des jeux, des causeries, des doux éclats de joie : alors la muse agreste s’éveillait. La tête et les épaules enguirlandés de fleurs et de feuillage entrelacé, inspirés d’une riante gaieté, ils s’avançaient sans mesure et avec de gauches mouvements et frappaient d’un pied lourd la terre maternelle : de là des rires et de doux éclats de joie, parce que tout était nouveau, tout était donc merveille. Et ceux qui ne pouvaient dormir, s’en consolaient en pliant leur voix aux modulations multiples du chant ou en promenant leur lèvre froncée sur les roseaux de la flûte. Ce sont les mêmes distractions encore que nous conservons dans nos veillées; mais on a depuis lors appris les règles de la cadence. Hélas! Ce surcroît de ressources ne nous fait pas goûter plus de plaisir que n’en prit alors dans les forêts la race des fils de la terre. » (22)

Dit autrement, notre société d’hyperconsommation nous rend-elle plus heureux? C’est là un des messages précieux de Lucrèce et de son maître Épicure.

 

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(22) Lucrèce, De la nature, traduction, introduction et notes par Henri Clouard, Garnier-Flammarion, 1964, page 192

 

mar 23

Pourquoi les religions sont-elles apparues? Lucrèce en pièces. # 6

Posted on Lundi, mars 23, 2009 in Lectures, Lucrèce, Matérialisme, Religions, croyances et mythes

Laissons la parole au poète-philosophe!

« Maintenant quelle cause a répandu parmi les peuples la croyance aux dieux, a rempli les villes d’autels, a institué ces solennités religieuses qu’on voit se déployer aujourd’hui en tant de grandes occasions, en tant de sanctuaires? (…) Il n’est pas difficile d’en donner la raison dans mes vers.

En ces temps primitifs, les mortels voyaient en imagination, même tout éveillés, d’incomparables figures de dieux, qui prenaient pendant leur sommeil une grandeur plus étonnante. (…) Et puis, ils observaient le système céleste, son ordre immuable et le retour périodique des saisons, mais sans pouvoir en pénétrer les causes. Leur seul recours était donc de tout abandonner aux dieux et d’admettre que tout est suspendu à un signe de leur tête. (…)

La piété, …ce n’est pas de s’approcher de tous les autels, ce n’est pas de se prosterner sur le sol la paume ouverte en face des statues divines, ce n’est pas arroser les autels du sang des animaux, ni ajouter les prières aux prières; mais c’est bien plutôt regarder toutes choses de ce monde avec sérénité. » (21)

Je conclurai cette série de 6 billets sur la philosophie de Lucrèce en citant son exposé concernant les plaisirs simples des Anciens. Ce qui peut donner la sérénité et le bonheur.

Sa philosophie comprend d’autres aspects que ceux que j’ai soulevés ici. J’ai choisi ceux qui me semblaient les plus importants. 

 

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(21) Lucrèce, De la nature, traduction, introduction et notes par Henri Clouard, Garnier-Flammarion, 1964, pages 186 et 187

mar 22

Lucrèce pour adultes seulement; multipliez vos partenaires pour être heureux!!! # 5

Posted on Dimanche, mars 22, 2009 in Amour, Bonheur, Lectures, Lucrèce

 

lucrece

« Il faut repousser tout ce qui peut nourrir la passion; il faut distraire notre esprit, il vaut mieux jeter la sève amassée en nous dans les premiers corps venus que de la réserver à un seul par une passion exclusive qui nous promet soucis et tourments. L’amour est un abcès qui, à le nourrir, s’avive et s’envenime… » (19)

Comprenez-vous pourquoi cet auteur n’était pas au programme des collèges classiques? Il fallait bien faire 6 ans de latin pour passer à côté de ce poème considéré comme le plus beau de tout le monde romain! La morale catholique était intacte! Mais la révolution sexuelle amorcée dans les années ’60 et qui se poursuit montre que Lucrèce est quasiment un contemporain!

La morale de Lucrèce, pour nous éviter les tourments de l’amour et de la passion nous propose le libertinage!

Ici, je vais m’écarter du chemin emprunté par Lucrèce car dans les vers suivants, il manifeste une misogynie et un machisme très présent chez d’autres auteurs de cette époque mais que je ne peux légitimer en le citant.

Il y a le recul du temps qui permet de comprendre cette façon de penser. Elle ne peut pas par contre invalider la totalité de la pensée d’un auteur. Qui n’a pas en lui-même ou elle-même le meilleur et le pire?

Lucrèce imagine la vie des premiers humains. Avant même l’existence de la paléontologie ou de l’anthropologie, il dessine avec un certain bonheur l’évolution des sociétés humaines jusqu’à la romaine.

La simplicité volontaire avant la lettre! Bien évidemment, cette approche n’existait pas au temps de Lucrèce. Toutefois, la description qu’il fait de la sagesse s’en approche remarquablement!

« Si l’on se conduisait par les conseils de la sagesse, l’homme trouverait la suprême richesse à vivre content de peu : car de ce peu jamais il y a disette. » (20)

Le prochain billet sur Lucrèce reprendra ses explications sur les causes de la religion.

 

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(19) Lucrèce, De la nature, traduction, introduction et notes par Henri Clouard, Garnier-Flammarion, 1964, page 145

(20) Idem, page 185

mar 19

Y a-t-il OUI ou NON une vie après la mort??? # 4

Posted on Jeudi, mars 19, 2009 in Lectures, Lucrèce, Mort

Encore ici, la préoccupation centrale de notre guide Lucrèce est de délivrer les humains de la peur qui les assaillit devant la mort. Nos rites eux-mêmes et le traitement que nous réservons à nos morts aggrave cette peur chez plusieurs. Et plus ces sentiments sont forts, plus les gens se tournent vers la religion. Lucrèce s’oppose à cela. Pour dissiper ces terreurs et ces ténèbres de l’esprit, il faut « l’étude rationnelle de la nature »  aux yeux de Lucrèce.

« Ce que je dirai tout d’abord, c’est que l’esprit ou, comme nous l’appelons souvent, la pensée, conseil et gouvernement de notre vie, est une partie de l’homme non moins réellement que la main, le pied et les yeux sont des parties de tout l’être vivant. (…) L’âme aussi, tu vas le savoir, demeure dans nos membres. (…) le retrait de l’âme est fatal aux membres qu’elle abandonne : privés d’elle, leur bouleversement est total, ils périssent et tombent pourris. Dès le commencement de leur âge, exercés à former ensemble les mouvements de la vie, corps et âme vivent si étroitement unis que dans le corps même et le ventre de la mère, les deux substances ne se peuvent séparer sans périr. (…) Si, parlant de l’âme, j’enseigne qu’elle est mortelle, sache que je l’entends aussi de l’esprit, puisque tous les deux se tiennent dans une indissoluble unité. » (17)

 

L’âme est mortelle! Il n’y a donc rien après la mort. Le ciel était un beau rêve mais quand même un rêve. Désolé les zamies! :)

Qu’y a-t-il pour moi après la mort? RIEN professe Lucrèce. L’enfer n’existe pas en tant que tel après la mort. Il existe plutôt de notre vivant sur terre! 

« Mais la vie elle-même réserve aux auteurs des pires méfaits la terreur des pires châtiments; pour le crime, il y a l’expiation de la prison…; et même à défaut de tout cela, il y a l’âme consciente de ses fautes et prise de peur, qui se blesse elle-même de l’aiguillon…sans apercevoir de terme à ses maux, de fin à ses supplices, et qui craint au contraire que maux et supplices ne s’aggravent encore dans la mort. Oui, c’est ici-bas que les insensés trouvent leur enfer. » (18)

L’âme est mortelle mais la mort est immortelle!

Dans mon prochain billet je toucherai la question de l’amour chez Lucrèce; bien des surprises t’attendent ô lectrice :)

L'édition que j'ai utilisé

 

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(16) Lucrèce, De la nature, traduction, introduction et notes par Henri Clouard, Garnier-Flammarion, 1964, page 89

(17) Idem, passim : pages 89 à 97

(18) Idem page 112.

mar 17

La philosophie de Lucrèce : matérialisme et anti-superstition religieuse # 3

Posted on Mardi, mars 17, 2009 in Athéisme, Lectures, Lucrèce, Religions, croyances et mythes

Nous avons vu dans mon premier billet que rien ne peut être engendré de rien par une puissance divine, qu’il y a aussi du vide dans la nature, qu’à leur disparition, les corps retournent à la matière.

Dans billet #2, nous avons appris que Lucrèce considère les éléments premiers, les atomes comme éternels! Il nous a aussi convaincu que l’univers est infini. L’univers, le grand Tout contient la matière et le vide.

Chose incroyable, la matière insensible est assez variée pour produire du sensible! Il nous le démontre à sa façon.

Nous en arrivons donc au sujet promis : il y a d’autres mondes que le nôtre. Nous ne pouvons pas être seuls dans cet univers! Écoutons-le nous parler!

« Ce que l’esprit recherche dans l’espace infini qui s’étend au-delà des limites de notre monde, c’est ce qu’il peut bien y avoir dans cette immensité que l’intelligence scrute à son gré, et vers laquelle s’envole la pensée, libre d’entraves.

(…) Si donc de toutes parts s’étend un libre espace sans limites, si des germes innombrables multipliés à l’infini voltigent de mille façons et de toute éternité, est-il possible de croire que notre globe et notre firmament aient été seuls créés et qu’au-delà il n’y ait qu’oisiveté pour la multitude des atomes? Songe bien surtout que ce monde est l’ouvrage de la nature, que d’eux-mêmes, spontanément,  par le seul hasard des rencontres, les atomes, après mille mouvements désordonnés et tant de jonctions inutiles, ont enfin réussi à former les unions qui, aussitôt accomplies, devaient engendrer ces merveilles : la terre, la mer, le ciel et les espèces vivantes. Il te faut donc convenir, je le redis, qu’il s’est formé ailleurs d’autres agrégats de matière semblables à ceux de notre monde. (…) Si la même force subsiste et la même nature pour les rassembler [paumier : les germes] en tous lieux et dans le même ordre que les atomes de notre monde, il faut admettre que les autres régions de l’espace connaissent aussi leur globe, leurs races d’hommes et leurs espèces sauvages. (…) Le même principe (14)  nous persuade que le ciel et la terre, le soleil, la lune, la mer et tout ce qui vit, loin d’être uniques de leur sorte, existent au contraire en nombre infini; car leur existence a son terme inflexible et leur essence est mortelle comme celle de tous les corps qui abondent en chaque espèce terrestre. » (15)

N’est-ce pas génial de la part, souvenons-nous en, d’un homme qui vivait dans le siècle précédent notre ère, donc il y a 2,100 ans? La science moderne commence à découvrir des astres qui ressemblent à la terre et pourraient, théoriquement pour le moment, abriter la vie sous la forme terrestre! En tout cas, bien de nos contemporains ne sont pas rendus aussi loin dans leurs réflexions sur l’univers malgré les avancées de l’astronomie et de l’astrophysique.

Dans mon prochain billet sur Lucrèce, j’aborde la question de l’âme et de l’esprit chez Lucrèce. Une question fondamentale! L’âme est-elle immortelle comme le prétendent les religions et beaucoup de philosophes?  Ou est-elle mortelle ? Y a-t-il oui ou non une vie après la mort?

-à suivre!-

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(14) Lucrèce explique longuement que dans la nature, aucun être n’est isolé, unique.

(15) Lucrèce, De la nature, traduction, introduction et notes par Henri Clouard, Garnier-Flammarion, 1964, pages 79 et 80

mar 14

La philosophie de Lucrèce : matérialisme et anti-superstition religieuse # 2


Nous avons vu dans mon billet précédent que rien ne peut être engendré de rien par une puissance divine, qu’il y a aussi du vide dans la nature, qu’à leur disparition, les corps retournent à la matière.

« Les corps, ce sont d’une part les principes simples des choses, les atomes, et d’autre part les composés formés par ces éléments premiers. » (7)

Et « Si donc les corps premiers sont, comme je l’ai enseigné, solides et sans vide, il faut nécessairement qu’ils soient éternels. » (8)

Les atomes vont travailler ainsi éternellement à la renaissance des êtres! Quel visionnaire que ce Lucrèce!

Pour expliquer la variété des êtres, Lucrèce prétend que « les mêmes, en effet, qui forment le ciel, la mer, les terres, les fleuves, le soleil, forment aussi les moissons, les arbres, les êtres vivants : mais les mélanges, l’ordre des combinaisons, les mouvements, voilà ce qui diffère. » (9)

N’oublions pas que le but premier de Lucrèce est de libérer les humains de la superstition religieuse qui leur causait angoisse et peur de façon régulière. Souvenons-nous du grand nombre de dieux chez les Grecs et les Romains anciens. Ce cercle de dieux était difficile à contenter. Aux yeux de Lucrèce, la philosophie porte un rôle libérateur de tous ces soucis inutiles. D’où toutes ses explications sur la composition du monde et ses phénomènes naturels! Car chaque phénomène naturel épeurant (ouragans, tonnerre, éclair, tremblement de terre) était attribué à un dieu.

Lucrèce considère que l’univers est infini. « Et comme hors de l’ensemble des choses, il n’y a rien, convenons-en, notre univers n’a point d’extrémité, donc point de limite ni de mesure. » (10)

Il rajoute et c’est brillant : « L’univers d’ailleurs, ne saurait s’arrêter lui-même à un terme extrême, la nature ne le permet pas; elle veut que la matière soit bornée par le vide, le vide par la matière et qu’au moyen de ces alternances le tout soit infini.. » (11)

Lucrèce nous parle aussi d’un grand Tout. La majuscule est de lui. Nous y reviendrons.

Pour Lucrèce, déjà, la terre est ronde. C’est acquis.

La gloire, la richesse, sont inutiles au corps et à l’esprit affirme notre philosophe épicurien.

Lucrèce avance que l’univers n’a pas été fait de création divine tant l’ouvrage est défectueux! (12)

La matière insensible a la faculté de produire le sensible! Il le démontre à satiété! De là lui vient en bonne part son étiquette de matérialiste!

Un des éléments les plus étonnants dans ce long poème philosophique c’est la preuve ou l’argument de la présence d’autres mondes!

J’y viendrai dans mon prochain billet! Sois patiente lectrice! (13) J

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(7) paumier souligne et non Lucrèce!

(8) Lucrèce, De la nature, traduction, introduction et notes par Henri Clouard, Garnier-Flammarion, 1964, page 32

(9) Idem, pages 39 et 40

(10) Idem page 43

(11) Idem page 44

(12) Idem page 56

(13) Le féminin inclut ici le masculin pour des raisons de simplicité!

mar 12

La philosophie de Lucrèce : matérialisme et anti-superstition religieuse #1


Lucrèce était un poète philosophe qui se présentait comme un fidèle disciple d’Épicure bien que désavoué par les disciples de celui-ci.

Il a vécu de l’an 98 à 54 avant notre ère. Il se serait peut-être suicidé (1)

Selon son traducteur, il préconise « une machine de guerre anticléricale, ou tout au moins…un athéisme irrité. » (2) Henri Clouard considère que son athéisme « a une force de conviction qui finalement reste sont seul principe de vie philosophique. » (3) Il n’y aurait que cela dans son œuvre qu’il serait intéressant et important à mes yeux.

Une des motivations fondamentales de son œuvre est de libérer les humains de la crainte des dieux.

Lucrèce chante un admirable sentiment de l’infini.

Montaigne a fait du livre de Lucrèce un livre de chevet. Molière l’a traduit et a intégré certains vers dans son œuvre.

« Le principe qui nous servira de point de départ, écrit Lucrèce, C’est que rien ne peut être engendré de rien par l’effet d’une puissance divine. » (4) C’est déjà pas mal!

Nul corps ne retourne au néant selon notre philosophe. « Mais tous retournent, après leur dissolution, aux éléments de la matière. » (5)

« Ne crois pas cependant, qu’il n’y ait partout que matière : car il y a du vide dans la nature. » (6)

Le vide existe donc car sans le vide, les corps ne pourraient se mouvoir. Et dans chaque corps il y a du vide. Lucrèce était un poète philosophe qui se présentait comme un fidèle disciple d’Épicure bien que désavoué par les disciples de celui-ci

Nous verrons dans le prochain billet de quoi sont composés les corps. Et nous verrons que la matière est éternelle!

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(1) Lucrèce, De la nature, traduction, introduction et notes par Henri Clouard, Garnier-Flammarion, 1964, page 5 sur 238

(2) Idem, page 7

(3) Idem page 9

(4) Idem page 22 (Livre premier)

(5) Idem page 25

(6) Idem page 27