Le mononcle et la lutte gréco-romaine

La rue où Carl habitait en cette année 1969
La situation était chaude dans le quartier. Plusieurs d’entre nous étaient recherchés par la police et Michel m’avait donné le nom d’un jeune révolté qui m’appuierait dans mes démarches.
J’arrivai chez lui et sonnai. C’était une de ces vieilles maisons de brique rouge et au solage de pierres grises de la rue Workman. Une habitation presque centenaire mais encore solide. Carl m’attendait car il m’ouvrit la porte tout de suite. Je montai dans un escalier étroit. Je le voyais tenir la cordelette qui permet d’ouvrir la porte à distance. Il me sourit et mit son index sur ses lèvres pour me demander de ne pas parler trop fort. Mon salut avait été un peu retentissant.
Le corridor débouchait sur une pièce de séjour très sombre et les meubles étaient anciens : sofa en velours rouge repoussé bordé de bois ondulé sculpté. Un de ces meubles qu’on retrouvait dans toutes les maisons ouvrières dans les années 50 et 60. Il faisait sombre. Avant de parler, j’écoutai Carl qui m’expliqua que sa mère était très malade et était couchée dans la chambre juste à côté. Elle avait un cancer avec tout plein de métastases…Son temps était compté et Carl craignait pour son propre avenir n’ayant pas d’autres revenu que la pension de veuve de sa mère.
Nous étions assis côte à côte sur le confortable sofa. Je lui expliquai la tâche à accomplir le lundi suivant. Une fois le plan éclairci et la suite des actions bien intégrée, Carl me demanda si ça me tentait qu’on aille voir son ‘mononcle’. Celui-ci était gérant d’un bar célèbre appartenant à la pègre de l’ouest. C’était un gaillard qu’on gagne à ne pas provoquer, semble-t-il.
Tant que nous marchâmes dans le quartier, Carl me suivait à quelques mètres, armé, au cas où. Plus loin, lorsque nous approchâmes du YMCA, celui de la rue Stanley, Carl vint marcher à mes côtés. Il était calme et souriant. Fier de lui ! Je me demandais ce que nous allions bien faire au YMCA voir son oncle !
Je ne me souviens plus jusqu’à quel étage nous montâmes mais nous débouchâmes sur une grande salle ou deux costauds luttaient par terre. Quelques curieux se tenaient debout autour d’eux. « Il est champion de lutte gréco-romaine, me dit Carl »
Il était en train de s’entraîner avec le chef de police Jean-Paul Gibert (1)
Cela me posa des questions très longtemps, compte tenu des deux mondes supposément éloignés où évoluaient les deux hommes.
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(1) Toute ressemblance avec des personnes réelles est le fruit du hasard. Ce texte est fictif.