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mar 14

Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 6 : L’homme et l’animal. Partie 4, Placée au-dessus de tout, la pensée détruit tout !


Avant de plonger plus avant dans l’œuvre (1) du philosophe, revoyons rapidement nos apprentissages liés au dernier billet.

a)     L’homme a créé la civilisation et s’est éloigné de la nature où se situe l’animal. La pensée a ses bons côtés mais elle est néfaste quand elle nous fait oublier nos origines naturelles.

b)     La pensée nous a même mené à détruire la nature qui nous supporte. Elle nous a aussi mené à nous entretuer. Elle est néfaste quand elle prend la première place.

c)      La pensée et non seulement l’imagination est maîtresse d’erreur et de fausseté. Sur le plan de la vie, elle trompe et se trompe.

d)     J’adore cette expression de Pierre : la pensée met la vie hors d’elle-même. Elle expulse la vie, la gomme, la pulvérise. La pensée est un masque, elle produit des masques.

Notre philosophe s’attaque ici à la cruauté envers les animaux. À ses yeux, elle a lieu parce que certains humains croient les animaux inférieurs à nous.

« Parce que nous pensons et parlons, nous nous sentons au-dessus d’eux et en droit de leur faire subir les pires souffrances. Comme si leurs souffrances comptaient moins que les nôtres. Que connaissons- nous de l’intelligence et de la sensibilité des animaux que nous enfermons, que nous attachons, que nous marquons, que nous domptons, dont nous brisons par nos agissements la fibre animale, sauvage et vitale ? Il est possible d’agir de même avec un humain. À force de contraintes et d’humiliations, nous pouvons le briser et l’amener à obéir. Nous tuons son esprit. Ne faisons-nous pas de même avec trop d’animaux ? Nous les assujettissons par toutes sortes de moyens, ayant tous à voir avec une forme de contrainte et de violence. » (2)

On voit que le philosophe ne s’attaque pas seulement à la cruauté mais à tout ce qui fait violence à la fibre vitale de l’animal, entre autres, le dressage. Pensons aux chevaux, aux chiens et tout ce qu’on leur fait faire qui devient spectacle et génère de l’argent.

Nous allons même assister à une attaque en règle des vices humains.

« L’insensibilité, la cruauté, la bonne conscience de l’homme laissent pantois. Quel drôle de mélange ! Il peut y avoir le Dieu d’amour d’un côté et la pire cruauté gratuite de l’autre, l’un servant même à justifier l’autre ou à faire en sorte que l’autre puisse s’exercer en toute bonne conscience. L’homme n’est pas moins enfermé dans son espèce que ne le sont les animaux qu’il juge inférieurs à lui. Il est enfermé dans ses valeurs. Autant les proches — ceux de la famille et du clan — sont intouchables, autant on peut disposer de ceux qui sont loin. Peu importe que ce soit la pensée qui règne au lieu de l’instinct. La pensée n’est qu’un instinct qui s’est développé et a pris le pouvoir sur les autres. Cet instinct a même pris un pouvoir excessif au détriment des autres, créant ainsi un dangereux déséquilibre dans lequel l’homme ne met pas seulement la vie des autres en danger, mais la sienne également. » (3)

Quel portrait à charge contre l’homme soi-disant supérieur ! Nous aussi sommes enfermés. Dans nos valeurs ! On reconnaît ici tous ceux pour qui seule la famille compte et les autres sont quantités négligeables. Méfions-nous donc de cette pensée hégémonique destructrice.

Comparant l’enfant à l’animal, l’auteur va très loin dans son réquisitoire.

« L’enfant innocent et vulnérable est-il inférieur à l’adulte puissant au point que celui-ci puisse en faire ce qu’il veut? Ou l’innocence et la vulnérabilité mêmes ne sont-elles pas des valeurs infiniment précieuses qu’il faut préserver de toute atteinte par l’esprit de corruption sous toutes ses formes ? N’y a-t-il pas dans l’innocence une forme d’intelligence se trouvant davantage au diapason de la nature que celle, habile, rusée, cynique, de l’homme adulte et civilisé ? » (4)

La domination, la supériorité, la puissance partout valorisées mordent la poussière sous la plume du philosophe ! La volonté de contrôle et la bêtise humaine ne conduisent-elles pas l’homme à violenter, opprimer et tuer ses propres enfants ?

Dans le long extrait qui suit vous verrez à l’œuvre la force de la réflexion philosophique de Pierre Bertrand. Je le vois comme tout un programme de vie pour se percevoir au même niveau que tous les êtres vivants et en quête de solution de l’énigme de la vie. Que ce soit pour les animaux ou les autres humains, l’homme doit s’ouvrir ! Lisez bien !

« Il y a plusieurs formes d’esprit et ce n’est pas un signe d’intelligence pour l’esprit humain de s’ériger en norme. L’homme doit au contraire s’ouvrir à ce qui est autre. Cet autre est non seulement l’animal mais l’homme lui-même. Celui-ci se présente à lui-même comme une énigme. Si l’homme cesse de se questionner et de s’étonner, c’est parce que le conditionnement des connaissances et des croyances propres à l’époque se révèle trop grand, obnubilant son esprit comme l’esprit de l’animal est obnubilé par ses instincts. L’animal est d’emblée énigme, même s’il ne se pose pas de questions. Sa vie ne va jamais de soi. Il est constamment confronté à la mort. Semblablement, au-delà des réponses provenant de son conditionnement, l’homme est silencieusement confronté à l’énigme qu’il ne peut jamais formuler adéquatement, l’énigme se trouvant en deçà ou au-delà de tout discours, qu’il soit religieux, philosophique ou scientifique. » (5)

N’allez pas croire que Pierre encourage l’obscurantisme en attaquant ainsi culture et civilisation ! Il propose surtout un équilibre dynamique, dialectique entre connaissances et vie ! Je le vois ainsi ! Nous poursuivrons ce périple magnifique la prochaine fois !

__________

(1) Pierre Bertrand, Le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.

(2) Idem, pages 74 et 75

(3) Idem, page 75

(4) Idem, pages 75 et 76

(5) Idem, pages 76 et 77

mar 23

Quelques questions chaudes


Si vous connaissez une personne au chômage, n’oubliez pas ceci :

« …mais il ne faut jamais se cacher qu’une des choses essentielles pour un chômeur, c’est de pouvoir être écouté, de pouvoir parler, de pouvoir rencontrer d’autres gens. » Schwartz, Bertrand, Extraits de sa conférence, Actes du colloque des 12 et 13 novembre 1998 sur les parcours individualisés d’insertion sociale et professionnelle, ICEA, Montréal. Page 9

L’emploi dans notre système économique représente plus qu’un emploi :

« L’importance du travail salarié n’est plus à démontrer. Il constitue la voie privilégiée d’accès et de partage des richesses dans nos systèmes à économie de marché. Il représente, dans nos sociétés actuelles, la valeur première de l’intégration sociale en créant un espace central de socialisation et de développement du potentiel des personnes. Là réside d’ailleurs le principal drame de l’exclusion du travail : certes, il y a un appauvrissement monétaire, mais il y a surtout rupture avec les consœurs et confrères de travail, amies et amis, voire la famille immédiate. C’est souvent la cause du peu d’estime et de confiance en soi et de l’isolement social dont sont victimes les personnes. » ICEA (Institut canadien d’éducation des adultes) Document de réflexion, Actes du colloque des 12 et 13 novembre 1998 sur les parcours individualisés d’insertion sociale et professionnelle, ICEA, Montréal. Page 12

Souvenons-nous de l’hypocrisie de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique-Nord) :

« Autre originalité de ce conflit [guerre contre la Serbie], l’OTAN déclare explicitement qu’elle ne veut pas tuer. Même pas les militaires serbes, encore moins les civils. C’est une guerre d’engins contre engins, de machines contre machines. Presque un vidéo-jeu. Et dès que, en raison d’une erreur de tir, des innocents sont tués, l’Alliance se confond en repentances, excuses, regrets, remords et autres demandes de pardon. » Ignacio Ramonet, Nouvel ordre global, dans Le Monde diplomatique, juin 1999, http://www.monde-diplomatique.fr/1999/06/RAMONET/

C’est encore d’actualité :

« Il est bon par les temps qui courent, de relire parfois le vieil Engels : ‘La basse cupidité fut l’âme de la civilisation, de son premier jour à nos jours, la richesse, encore la richesse et toujours la richesse, non pas la richesse de la société, mais celle de ce piètre individu isolé, son unique but déterminant.’ Qui oserait dire que cela n’est plus vrai aujourd’hui, ou que cela l’est moins ?  » André Comte-Sponville, Impromptus, PUF, Collection Perspectives critiques,1996, page 27

La barbarie est aussi intérieure :

« Le Nouvel Observateur. ­ Pourquoi un spécialiste de la Philosophie antique comme vous, un expert du savoir académique, au sens noble du terme, a-t-il ressenti la nécessité en écrivant « la Barbarie intérieure » d’intervenir avec les armes de la philosophie dans le débat public ? Jean-François Mattéi. ­ Parce que la question de « la barbarie est au cœur du XXe siècle. J’ai voulu comprendre les relations secrètes et fort anciennes entre civilisation et barbarie. Les Anciens ont rejeté le Barbare aux confins de la civilisation, tels les Romains qui excluaient de l’humanité, de l’autre côté des limites de l’Empire, tout ce qui ne s’inscrivait pas dans les limites politiques, juridiques et morales de leur propre civilisation. Mais Cicéron et Tacite eurent déjà l’intuition que le Barbare n’était pas forcément la figure de l’autre comme négation de civilisation, et qu’il y avait sans doute des germes barbares à l’œuvre dans la culture romaine. » Un entretien avec le philosophe Jean-François Mattéi par Gilles Anquetil, Nouvel Observateur, No. 1801

Cette dernière citation nous permet de faire le lien avec la pensée du philosophe Pierre Bertrand qui assure que l’autre est en nous et que liquider l’autre c’est se liquider soi-même.