Les seigneurs des eaux.
Lorsque je les vois, ils sont toujours en eau calme. Je n’ai pas eu la chance d’en voir par tempête. La Voie maritime est si étroite que les vagues ne peuvent pas être si redoutables. Soit ils sortent des écluses de Saint-Lambert, soit ils s’y dirigent à vitesse très lente en suivant le bord du canal. Certains sont très longs et énormes. Ils passent tout juste dans les écluses.
Je ne m’installe plus à la fenêtre comme au début pour les voir arriver. Je suis gâté maintenant ! Lorsque je les vois, c’est à tout coup la surprise. Au début du printemps comme maintenant, j’abandonne tout pour aller les photographier, les observer, identifier leur pavillon, leur nom, leurs caractéristiques ou pour deviner leur chargement.
Je verrai peut-être passer celui ou ceux qui transporteront les déchets nucléaires ontariens « inoffensifs ».
Les petits m’impressionnent aussi. Les remorqueurs, minuscules à côté des transbordeurs ou des porte-conteneurs, sont toutefois très puissants et, souvent seuls, peuvent haler les plus gros ! Mes préférés sont les navires du Canada aux couleurs rouges distinctives. Le printemps dernier l’un d’eux avait été appelé en renfort pour briser la glace du canal. Nul besoin cette année grâce aux subites températures douces.
Ceux qui ont des étraves énormes impressionnent aussi : pour contrebalancer le poids en hauteur, le double fond est souvent rempli d’eau de ballast. Plusieurs navires sont munis de leurs propres grues et n’on pas besoin de celles des ports de départ ou d’arrivée. Le premier qui a passé l’écluse en direction des Grands-Lacs cette année transportait des pièces d’une immense éolienne.
J’examine toujours le tourbillon d’eau formé par l’hélice. Il me permet d’évaluer si le navire est à l’arrêt ou redémarre ou encore accélère. Je regarde s’il y a des hommes sur le pont. Quand il y en a, je leur fais quelquefois de grandes salutations. Peu me voient !
J’aime voir les passerelles, la chambre des cartes et du pilotage. Le bloc de proue est souvent plus élevé et plus gros que celui de poupe et encore, il n’y en a pas toujours en poupe.
Certains portent leur nom en lettres énormes et peintures fluo et pour d’autres il me faut les jumelles pour le lire. Certains semblent frais sortis d’un chantier naval et d’autres auraient besoin d’un lifting assurément ! J’aime voir les écubiers, les ancres, les câblages, l’illumination nocturne, etc.
Je vois plusieurs sortes de navires :
- Les porte-conteneurs,
- Les vraquiers,
- Les navires frigorifiques,
- Les navires des garde-côtes,
- Les brise-glace
- Les remorqueurs,
- Tout au long de l’été, les navires de plaisance dont certains sont des yachts immenses !
- Etc.
C’est un intérêt que je porte à la navigation fluviale !
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 2 : La pensée et le langage, partie 2. Écrire sur la vie c’est courir à l’échec !!!
Nous reprenons aujourd’hui la présentation du livre du philosophe Pierre Bertrand (1). Nous en sommes toujours au chapitre 2. La dernière fois qu’avons-nous vu ?
1- La pensée et le langage transforment la réalité en idées et en images nécessairement fausses.
2- Il existe deux approches de la réalité : la pensée et le langage et la perception ou observation directe d’autre part. Seule cette deuxième permet à l’humain de toucher la réalité.
3- Tout discours et toute pensée sont toujours mensonge.
4- On ne peut jamais inclure dans notre discours tout ce que nous voulions dire. Y compris sur nous-mêmes. Pourquoi cela ? Parce qu’étant toujours en mouvement, nous ne pouvons être définis une fois pour toutes.
5- Que faire pour nous connaître et connaître les autres et le monde ? Observer sans la médiation de la pensée ou de l’image.
Nous avions terminé le dernier billet sur ce point.
L’écriture souffre des mêmes défauts que la pensée et le langage. Elle ne peut rendre compte du réel que de façon distante. « Aucune écriture ne peut être pleinement satisfaisante. Elle peut nous ouvrir des perspectives, mais elle nous laissera fatalement sur notre faim. Elle est toujours limitée, ce d’ailleurs pourquoi nous pouvons adopter un point de vue critique sur toute écriture. » (2) Nous voulons bien mais comme la critique est elle-même langage ou écriture, elle-même sera toujours imparfaite et nous retrouvons dans un cercle vicieux. Comment la critique pourrait-elle être meilleure que l’objet critiqué et vice-versa ?
Les perspectives ne sont pas très reluisantes. Voyez l’écrit de l’auteur : « Si la vie ne se déroule qu’en elle-même et qu’elle ne cesse de changer, toute tentative d’en rendre compte ne peut qu’échouer. » Il doit bien y avoir un moyen de la comprendre puisque les humains arrivent à établir des laboratoires spatiaux à des milliers de kilomètres de la Terre et s’y rendre en y arrimant des vaisseaux ! L’auteur abordera plus loin la question des sciences, des mathématiques ainsi que la technologie.
La réalité ne fait que se dérober sous nos mots et nos images. « Nous tentons d’arrêter une réalité en mouvement. Si l’entreprise est aporétique, elle mérite d’être tentée. » (2)
Voyons maintenant le mouvement de l’écriture. « Mais chaque fois que le mouvement veut s’arrêter, prétendant faire le point ou le bilan, tirer une conclusion, identifier la réalité, dire la vérité, il tombe dans l’illusion et la fausseté, même si celles-ci se voient ornées des plus beaux atours. Rien n’arrête le mouvement. » (2) Mouvement, changement, réalité, vie. Quels sont les liens entre ces quatre éléments ? Il est peut-être trop tôt pour poser cette question mais elle me brûle les doigts. Pour le moment, je le comprends ainsi : la réalité englobe tout. La vie fait partie de la réalité comme d’ailleurs tout ce qui est inorganique, c’est-à-dire non vivant. Le mouvement fait partie de la réalité et fait que celle-ci est en constant changement. Et ce changement, ce mouvement vers un changement inclut l’organique et l’inorganique.
L’écriture qui essaie de se coller à la vie échoue ! Si elle demeure dans le domaine des idées, elle peut réussir mais que vaut cette réussite ? Pourtant voici une présentation de ce qu’est ce genre d’écriture : « Nous visons ici une écriture qui non seulement est un produit de la vie, mais qui tente d’être en continuelle interaction avec elle, tentant de l’éclairer latéralement en même temps qu’elle est mue par elle, tentant de l’exprimer sous toutes ses facettes en même temps qu’elle fait le constat de l’irréductible décalage, de l’incontournable différence constitutive de tout mouvement. » (3) C’est ce décalage irréductible qui amène ce projet d’écriture à un échec certain.
« La seule vérité qui soit se trouve dans le corps à corps au sein de la vie et non dans une proposition quelconque qu’il serait possible de trouver dans un écrit. En ce sens, il n’y a pas de parole de Dieu. Si Dieu il y a, il est Vie. Jamais nous ne pouvons établir de rapport d’identité, ou même de ressemblance, entre la parole et la vie. La parole est vivante, mais justement pour cette raison, la vie ne peut que la déborder sans cesse. » (4) Le mot vérité a toute une histoire en philosophie. Constatez alors l’importance des affirmations de l’auteur : « la seule vérité qui soit ». Ce n’est pas anodin. J’ajoute, par ailleurs que notre philosophe est davantage agnostique qu’athée puisqu’il laisse une porte ouverte : si Dieu il y a, il est Vie. Alors les religieux avaient peut-être raison lorsqu’ils nous disaient jadis « Jésus est la Voie, la Vérité et la Vie » ? Nous verrons bien mais les affirmations précédentes de l’auteur sur la religion étaient plus décisives.
Nous poursuivrons notre analyse dans les prochains jours. À suivre ! À suivre avec passion quant à moi !
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(1) Pierre Bertrand, le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, page 21
(3) Idem, page 22
(4) Idem, page 23
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 2 : La pensée et le langage, partie 1. Invitation à changer rien de moins que votre vision de la vie et du monde en général !!!
J’aborde aujourd’hui la question de la pensée et du langage dans Le défi de vivre (1) de Pierre Bertrand. Je ne suis pas rendu assez loin dans ma lecture pour l’affirmer catégoriquement mais je crois que ce chapitre est un autre que je considère central dans la pensée de notre philosophe à l’étude. Comme je lui écrivais il y a quelques jours, je crois que je pourrais écrire un grand nombre de billets uniquement sur ce chapitre. Ne t’inquiète pas lecteur/lectrice ! Je vais essayer d’être le plus concis possible.
D’emblée, notre auteur disqualifie le langage et la pensée ! Oui, la philo est radicale et n’attendez pas de Pierre qu’il lésine là-dessus ! Nous ne pouvons pas saisir la réalité réelle à l’aide de ces deux outils majeurs des humains. Lisez plutôt : « En créant une distance, la pensée et le langage sont incapables de saisir la réalité dans tous ses plis et méandres. Ils la transforment plutôt en idées ou en images — par conséquent nécessairement fausses. » (2)
Il distingue ainsi deux approches de la réalité : la pensée et langage d’une part et la perception ou l’observation directe, d’autre part. « Seule cette dernière méthode touche la réalité vivante, changeante, multiple. » (2) Retenez bien ceci. Il y a donc moyen pour l’humain de toucher la réalité. Ce n’est pas rien quand on a lu comme je l’ai fait le reste du chapitre. J’en suis sorti bouleversé, vous le serez vous aussi. Attendez voir ! Ce chapitre est époustouflant et d’une pénétration rabelaisienne !
Il pourrait vous amener à changer votre vision du monde, ni plus, ni moins. Nous connaître nous-mêmes exige de nous « observer tels que nous sommes au fil des instants ». (2) Alors que la pensée, qui définit des choses et l’image du langage « consiste à nous figer sur un instant ou des instants privilégiés. » (2) J’ose comparer le langage et la pensée à un instantané, une photo alors que la perception et l’observation nous livrent le film du réel.
« Si nous nous voyons tels que nous sommes d’un instant à l’autre — changeants, multiples, chaotiques —, nous devenons modestes, ne faisant qu’un avec le mouvement vivant, toute image dont on puisse tirer vanité cessant. » Pour celles et ceux qui ont lu les billets sur L’intime et le prochain (3) vous vous souviendrez que dans la réalité vraie, nous n’avons pas d’identité. Nous ne sommes que chaos et mouvement, à l’intérieur de nous. Cette vision revient ici. À chaque fois que je verrai un lien à faire, je le ferai ! N’oublions pas aussi que tout est changement et que le changement est partout. Revoyez le premier chapitre. Si jamais vous voyez un lien que j’ai oublié, vous pouvez l’aborder dans les commentaires !
Nos outils habituels, pensée et langage sont toujours en retard sur la réalité : « Au moment même où nous parlons et tentons de nous définir, la réalité vivante change, se trouvant constamment au-devant de nous. Le discours et la pensée sont toujours en retard. » (4) Mais non seulement ils sont en retard, ils sont aussi faux ! « Leur point de vue est rétrospectif, la distance se trouvant être, entre autres, celle du temps. C’est pourquoi tout discours et toute pensée sont toujours aussi mensonge. Leur fausseté est ontologique. » (4) (5) Disons autrement qu’il est dans leur ‘nature’ de mentir. C’est grave tout cela. N’est-ce pas normal alors que les couples se brisent autant et que les pays et les peuples se déchirent comme on le constate depuis des temps immémoriaux ? ON NE SE COMPREND PAS !
Ici, le philosophe réfère à notre expérience humaine. Tout le monde a connu de tels moments ou tu essaies de dire à une autre personne ce qu’elle a de merveilleux ou encore ce qui ne va pas avec elle (ou avec toi). C’est extrêmement frustrant et on a l’impression d’avoir oublié des éléments importants. Voici comment Pierre nous le dit : « Nous sentons que nous ne disons jamais tout, qu’il nous est impossible de tout dire, le discours étant toujours partiel. Nous avons beau tenter de nous définir, la définition ne correspond jamais complètement ou adéquatement à ce que nous sommes ou éprouvons. Ce que nous sommes est littéralement indéfinissable, indéfini, puisque cela est en mouvement et donc en train de se modifier. » (4)
Mais que va-t-il falloir, diantre, pour que nous puissions nous connaître complètement ? L’auteur répond bravement à notre question : « Mais que sommes-nous vraiment, sinon une réalité vivante ? Nous connaître implique cette observation sans préjugés, sans attentes, sans peurs, sans idées et sans images. Alors seulement l’ensemble du mouvement que nous sommes peut se révéler librement. »
Retenez bien ceci jusqu’au prochain billet : observation, pas cogitation, pas réflexion ni introspection ! Ob-ser-va-tion. Sans idée, sans images. Donc ? Sans la pensée et le langage.
À très bientôt chers ami/es ! Comme la vie est passionnante !
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(1) Pierre Bertrand, le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, page 19
(3) Que vous pouvez trouver ici en cliquant sur « Pierre Bertrand » dans la liste de thèmes abordés, sur la droite de la page.
(4) Livre cité, page 20
(5) Disons en très bref que l’ontologie est souvent présentée comme la partie de la philo traitant de l’être. Ontos en grec qui signifie être et logos qui signifie étude.