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avr 8

Deux sujets : les conséquences sur la société de la création de l’argent ET abandonnons le terme de « souveraineté »


L’invention de l’argent monnayé eut sur les relations des classes sociales de grandes conséquences.

« En premier lieu, la classe inférieure– surtout les petits paysans –obligée d’emprunter à des conditions très lourdes, est poussée lentement sur la voie de l’asservissement. Qu’est-ce que le petit propriétaire en effet peut donner en gage au gros ? Sa terre, qu’il hypothèque. Ensuite son travail. Ce qui signifie que, faute d’avoir remboursé et une fois la terre saisie, il y restait comme tenancier ou plutôt comme serf, à charge de remettre à son créancier la majeure partie de sa récolte. Exactement, le chiffre fabuleux est attesté pour Athènes, les cinq sixièmes. En dernier lieu, il n’a plus qu’à donner, comme gage, que sa propre personne, son corps. C’est-à-dire qu’il pouvait être vendu et tombait dans l’esclavage. Sa femme et ses enfants aussi, et même vendus avant lui et par lui-même, comme les derniers biens mobiliers qu’il possédait.

On voit ici que l’existence de l’esclavage et la condition inférieure de la femme se retournaient contre le citoyen, barrant la route à toute démocratie véritable.

Tel était, à Athènes, et au moment même où allait y naître la civilisation, sous les formes les plus brillantes, l’horrible fruit de la ‘chrématistique’. [Grand Robert de la langue française : partie de l'économie politique qui traite de la production des richesses.]

Cependant, les conséquences d’une invention ne sont jamais aussi simples qu’on le pense. L’invention de la monnaie ne fut pas seulement entre les mains des nobles un nouvel instrument d’oppression. Il vint un moment où, au travers de luttes longues et sanglantes, cette invention devint, entre les mains du peuple, un instrument de libération.

Qu’on n’oublie pas en effet les commerçants de la classe inférieure. Certains de ces roturiers s’enrichirent –d’abord dans les grands ports d’Asie, Smyrne, Milet, Éphèse–puis en Grèce proprement dite, à Corinthe, à Mégare, à Athènes. La noblesse les méprisait, mais dut commencer à compter avec eux. Ces parvenus du commerce se mirent à acheter de la terre aux paysans pauvres, qui préféraient encore la leur vendre qu’emprunter à un taux usuraire. Ayant acquis la terre, ils exigèrent de participer à la gestion des affaires publiques, aux magistratures, à la justice, au commandement des armées–à tous les droits jusque-là attachés au sang bleu des nobles.

Mais comment y réussir sinon en faisant alliance avec la masse des dépossédés, en s’appuyant sur le tourbe du peuple exploité ? Ainsi reprenait avec vigueur la lutte des classes renforcée par cette alliance de l’ambition et de la misère contre la noblesse. » André Bonnard, Civilisation grecque–De l’Iliade au Parthénon, Union générale d’éditions, collection 10-18, Paris, 1963, page 154-155

Le terme de souveraineté du Québec est-il vraiment bien choisi ? J’ai toujours préféré parler d’indépendance du Québec. Voyons voir.

« Je ne parviens pas à m’indigner qu’après tant de siècles où les massacreurs en chef jouissaient d’une impunité entière dès lors qu’ils étaient revêtus des insignes du pouvoir le principe d’humanité commence à l’emporter sur celui de souveraineté. Il serait surprenant que l’Histoire ne retienne pas le nom de Louise Arbour, procureur auprès du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, qui, le 27 mai, a inculpé Slobodan Milosevic et trois autres dirigeants yougoslaves de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. » [paumier : une grande femme Madame Arbour ! Soyons-en fiers !]

[...]

« Elle est enfin, cette guerre [paumier : contre Milosevic--en 1999], comme toute guerre hélas, le principal accélérateur de la conscience historique. Vers quoi ? Il me semble que le sens de l’évolution est clair. Le principe de souveraineté a été conçu d’emblée par les juristes comme un moyen de rendre le monarque irresponsable et d’asseoir l’absolutisme royal. Son transfert au peuple par la Révolution française lui a conféré une légitimité démocratique, sans l’exonérer de ses origines métaphysiques et de son caractère autoritaire. Bien au contraire, il a permis sa reconversion à l’époque récente en instrument de domination légitime des peuples par leurs chefs. Il sert aujourd’hui de cache-misère et de cache-crimes à tous les potentats de la planète. C’est pourquoi la conscience universelle est en train de le vomir. Comme la philosophie classique a renvoyé Dieu en le remerciant des services rendus, il est temps de faire de même avec la souveraineté. Un jour viendra où la reconnaissance internationale des Etats et leur admission dans le concert de l’ONU seront subordonnées à leur respect, dûment constaté, des droits de l’homme à l’intérieur et à l’extérieur. C’est cela, à terme, que signifie la révolution Arbour. » La chronique de Jacques Julliard– »Le glaive de Louise Arbour, Le Nouvel Observateur No. 1804