Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 9 : Le corps vivant, partie 2. Vivons avec la mort. Elle est partout en nous et autour de nous !
Entre vous et moi, quel livre choisir pour apporter avec vous en cas de naufrage sur une île déserte au milieu du Pacifique ? Ce n’est sûrement pas moi qui vais vous recommander la bible ou autre livre soi-disant sacré ! Vous seriez aliéné/e pour toute la durée de votre séjour !
Un livre de référence ? D’aventure ? Un chef-d’œuvre de la littérature ? Une fois lu et relu chacun de ces livres deviendra d’un ennui majeur. Non ! Je vous recommande fortement Le défi de vivre (1) de notre philosophe à l’étude. Il sera le meilleur compagnon de votre infortune en ne cessant de vous questionner sur vous, sur votre île, sur la vraie vie qui s’y trouve, sur vos masques et vos étiquettes utiles en société mais qui sont toutes fausses. Alors voilà. Ne l’oubliez pas dans vos bagages !
Au fil du dernier billet nous avons réalisé que c’est la pensée, imbue d’elle-même qui crée cette idée d’une vie éternelle pour échapper à l’inexorable vieillissement et à la mort assurée qui s’ensuit. Conséquence remarquable : la séparation du corps et de l’esprit est une billevesée ! Corps et pensée ne s’opposent pas plus que les deux faces d’une pièce de monnaie. Et même là, mon image ne chasse pas assez l’idée de dualité cartésienne. Comme la pensée ou l’ « âme » ne survit pas au corps entier, le philosophe nous invite à s’attacher à ce qui se passe de notre vivant ! Le corps, les autres et le monde.
Et c’est dans cette union intime du corps et de la pensée que notre philosophe fait apparaître l’énergie créatrice. Sans cette unité, nous sommes condamnés à errer dans les sentiers battus prisonniers des ornières de la pensée sclérosée, figée. Unis, corps et pensée ont l’audace d’affronter ensemble l’inconnu. On le voit comme les islamistes purs et durs sont incapables d’affronter le vivant en dehors de leur livre aliénant tout autant que tous les fidèles chrétiens des monseigneurs Lefebvre (2) de ce monde.
Sur ce thème des types de relation du corps et de la pensée, Pierre traçait un portrait de l’évolution de la pensée occidentale. Il concluait en affirmant que la pensée ne peut avancer qu’en accompagnant le corps qui la porte !
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Rames à la mer ! Le voyage se poursuit, inlassablement. Pouvons-nous comprendre que nous allons mourir ? Nous le comprenons abstraitement selon notre philosophe mais je connais plusieurs personnes qui sont même incapables de parler de la mort, d’y penser. Elles s’enfoncent dans une anxiété réelle. Je l’ai testé croyant que c’étaient des balivernes. C’était vrai !
La pensée est incapable d’envisager la discontinuité. Dès que la pensée s’éveille, elle se retrouve dans l’être et je rajoute qu’elle a besoin de ses rituels, ses ablutions pour retrouver « ses esprits » ! La pensée atteint sa limite avec la mort au sens où elle est incapable de la penser vraiment. La mort échappe à ses filets. Il lui manque un morceau fondamental du casse-tête. « Bien au-delà des espoirs et des angoisses, des spéculations et des croyances, la pensée demeure bouche bée devant la mort. Alors qu’elle a toujours quelque chose à dire, à la fin, elle demeure silencieuse. » (3) Elle va se la fermer à la fin ? C’est ça ! Elle disparaît même si ceux qui restent penchés sur la fausse croient qu’elle va monter au ciel !
Le philosophe porte beaucoup de questions pour nous sur la mort :
« Ne devons-nous pas dès maintenant tenir compte de cette part de néant attachée irrémédiablement à notre être? Pouvons-nous jouir de ce non-être que nous sommes destinés à devenir à notre corps défendant ? La mort relativise beaucoup de choses à quoi nous accordons trop d’importance. Elle nous place face au vide absolu. Ne pouvons-nous pas d’ores et déjà envisager celui-ci et accepter notamment d’être — de faire, d’accomplir — beaucoup moins que nous le voulons? Ne pouvons-nous notamment accepter nos failles et nos lacunes, qui sont des marques de non-être dans nos vies ? » (4)
Jouir du non-être ! Le vide absolu. Soit ! Réduire nos rêves ? N’est-ce pas dangereux ? Qui va distinguer les failles des défauts comme les abus, par exemple ? Cette conception voudrait-elle nous ramener à la « petite vie » ? Puisque nous allons mourir, il n’y a plus rien d’important. Plutôt que de rechercher une cure au cancer ou de chercher un moyen pour nous déplacer par la pensée, concentrons-nous sur les potins de TVA et des journaux jaunes ? Soyons légers, voyageons léger ? Se pourrait-il que le philosophe, qui lui-même apprécie au plus haut point la littérature et les arts, veuille nous proposer de ne rien entreprendre de trop audacieux ? J’ai sûrement manqué quelque chose, quelque part. Ne jugeons pas trop tôt ! Pierre Bertrand ne joue pas dans le caniveau ! Suspendons notre jugement que diable !
Le philosophe veut plutôt dire que la mort guette. Le seul but que nous allons atteindre avec certitude dans notre vie, c’est la mort. Alors usons de notre conscience créatrice pour améliorer notre vie et celle des autres, dans l’amour et la joie. « Ce n’est pas non plus une affaire de calcul hédoniste. » (5) On va mourir, alors tout le monde au bordel !! Ce n’est pas ça que Pierre propose !
« Il s’agit d’abord et avant tout de nous ouvrir à ce qui est, et la mort en fait partie d’une manière à la fois fondamentale et énigmatique. (…) seule l’idée ou l’image de la mort nous est familière, non la mort elle-même. Sa réalité nous échappe, comme nous échappe d’ailleurs la réalité de la vie, dans la mesure où nous avons également de celle-ci une idée ou une image. La réalité n’en est pas refoulée ou réfutée pour autant, elle mène une existence clandestine, se faisant sentir latéralement, entraperçue, laissée dans les marges au profit de ce qui se dit et se pense. C’est souterrainement que la réalité de la mort comme celle de la vie agissent, le discours n’y faisant qu’allusion, ne pouvant que les suggérer, alors qu’il est si habile, si direct, quand il s’agit de conforter l’illusion. D’où le malaise que nous ressentons à l’endroit du discours. Il s’agit toujours d’un mélange de vrai et de faux, quelque chose de fondamental du réel n’étant jamais pris en compte et ne pouvant pas l’être. C’est pourtant cette part inexprimable de réel qui a le dernier mot ou plutôt le dernier silence. » (6)
Je pense fermement que le philosophe nous invite plutôt à vivre notre vie, la vie, d’y être ouverts et attentifs plutôt que nous réfugier dans des pensées abstraites. De toute façon, la vie est là ! Il n’y a qu’à se pencher pour la saisir mais elle se dérobe souvent à nos approches comme l’eau se dérobait aux mains du roi Tantale et les branches des arbres s’en éloignaient à chaque fois qu’il voulait y saisir un fruit. La vie serait-elle un tel supplice ? Cela se pourrait puisqu’il y a tant de misère autour de nous.
Mais ce ne sera pas, je l’espère pour vous, un supplice de poursuivre notre périple au cœur de cette œuvre magistrale une autre fois ! Pour moi, c’est un plaisir inégalé !
Au revoir chers lecteurs et chères lectrices !
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 9 : Le corps vivant, partie 1. Il n’y a pas de séparation du corps et de l’esprit.
Après une incursion dans le monde de l’animal puis du normal et du pathologique et aussi dans le domaine de l’amour de la réalité, notre philosophe nous entraîne cette fois au cœur des poumons ! Non c’est une blague et vous vous en doutez car vous avez déjà, en principe, lu le titre de ce billet ! Notre philosophe préféré (1) nous ramène à nous-mêmes : le corps vivant.
Pierre aborde le sujet sous l’angle du vieillissement. N’est-ce pas que tout être vivant naît et meurt ? La réponse est évidemment ! Mais l’homme se croit plus malin et croit pouvoir échapper au processus vivant.
« La pensée tente de prendre ses distances à l’endroit du corps, comme elle tente de le faire depuis le début de l’humanité, se développant au point de se croire appartenir à une autre dimension, céleste, divine ou spirituelle. Elle fait de même à l’endroit du corps vieillissant. Bien qu’elle soit affectée et emportée par lui, elle garde une forme d’autonomie en produisant un sens supposé survivre au corps. » (2)
Ce sens ne survit-il pas au corps quand on s’appelle J.S. Bach ou Hugo ? Oui, mais ces cas de célébrité qui traversent les siècles sont rares ! La Fontaine de Jouvence n’a jamais été vraiment découverte si elle fut fantasmée et l’est encore ! Longtemps, trop longtemps la philosophie et la religion ont fait leurs succès de la séparation du corps et de l’esprit.
« En fait, il n’y a pas d’opposition entre la pensée et le corps. C’est le corps vieillissant qui pense. (…) Le corps se dépasse lui-même, comme ne cesse de le faire la matière ou la nature. Il n’est pas nécessaire d’établir une hiérarchie entre le corps et la pensée, puisqu’ils vont ensemble et ne sont que les deux faces d’une même réalité. C’est le corps vieillissant qui pense par-delà lui-même à partir de ce qu’il éprouve et voit. Nous parlons ici évidemment du corps entier, et non du corps exclusivement physique ou matériel. C’est la tradition qui pose le corps matériel d’un côté et la pensée spirituelle de l’autre, mais c’est précisément cette tradition et cette dualité que nous remettons en question. Le corps pense comme la pensée finit par mourir, l’essentiel étant ce qui se passe entre-temps dans le rapport mystérieux du corps à lui-même, aux autres et au monde. » (3)
Il y a donc notre corps entier et non pas deux entités unies en nous (corps et esprit). Notre philosophe remet en question la tradition qui proposait la distinction corps et esprit. Remarquez bien « l’essentiel étant ce qui se passe entre-temps dans le rapport mystérieux du corps à lui-même, aux autres et au monde. » Le corps, les autres, le monde. Un beau trio ! Mais pas le « beau trio de baudets » de La Fontaine ! (4)
J’espère que Liber, l’éditeur de cette œuvre et de plusieurs autres de Pierre Bertrand ne m’en voudra pas de citer autant et comme maintenant de façon continue. Mais cela se produit quand je pense que j’affaiblirais trop la pensée de l’auteur en omettant des passages magistraux ! La conception du corps indissolublement uni à l’esprit est trop révolutionnaire pour qu’on s’en tienne à des esquisses.
« C’est concrètement, dans la mesure où le corps et la pensée sont intimement liés, que l’énergie se concentre et devient créatrice. Dans la mesure au contraire où le corps et la pensée sont en conflit, l’énergie se dissipe et la pensée demeure enfermée dans la tradition, ne pouvant que répéter ce qui a déjà été pensé. La création en effet, comme apparition de nouveauté, exige l’intense participation du corps entier. Ce n’est que le corps entier qui peut avoir l’audace d’affronter l’inconnu. Alors que la pensée séparée est conditionnée par le passé, le corps affronte continuellement le présent. Il ne peut le faire que dans un certain dépouillement. Le présent en effet ne se laisse pas comprendre par le passé. Il y a en lui une part irréductible de nouveau, d’inconnu, d’imprévu. C’est dans une certaine ignorance ou innocence que le corps y fait face. C’est dans cette rencontre que quelque chose de nouveau se produit. La pensée participe à la création pour autant qu’elle épouse le corps au plus près. » (5)
L’énergie du corps complet est créatrice. Seul celui-ci peut affronter l’inconnu. Souvenez-vous comme plusieurs dans les sectes ou dans la religion se réfèrent toujours au « livre » ou à la « parole de dieu » devant des situations nouvelles et désarmantes. La pensée séparée a besoin de l’appui de dieux qu’elle a elle-même créés dans son infatuation pour faire face au présent. Seul le corps complet peut vraiment faire face au présent. Retenons aussi l’importance de la création dans la vision du philosophe. Nous aurons à y revenir souvent ! Le terme « création » a d’ailleurs été utilisé 12 fois depuis le début des billets sur cette œuvre !
Et après cela, chers lecteurs et chères lectrices, que peut-il advenir de plus ? Il advient que notre philosophe, en un seul paragraphe qui fait autorité, synthétise un immense pan de l’évolution de la pensée philosophique en Occident. Rien que ça direz-vous ! Oui ! Lisons ! C’est fascinant !
« La philosophie, elle aussi, épouse le corps au plus près. C’est ce qu’elle fait au point de départ. En tant qu’«amour de la sagesse» en effet, elle est une manière d’être, de sentir ou de vivre, et ce n’est que peu à peu, au cours du développement de la pensée, qu’elle prend ses distances à l’endroit du corps, devenant de ce fait de plus en plus abstraite, privilégiant l’esprit de système, cherchant la connaissance davantage que la sagesse. Au point de départ, telle qu’on la voit à l’œuvre chez les premiers philosophes, elle est modeste, hésitante, tâtonnante, soulevant des questions qui sont celles du corps même. La pensée des premiers philosophes est clairement incarnée. Elle est au service du corps entier, loin de le dominer ou de prétendre le faire. Ce n’est que plus tard que la philosophie manifeste la volonté de puissance de la pensée. Quant à la puissance réelle de la pensée, ne consiste-t-elle pas à constater ses limites ? La pensée va jusqu’au point où elle ne peut aller plus loin. Comme le dit Pascal, elle est grande en ce qu’elle se sait petite. Il n’y a là aucune faute, aucune lacune. La pensée peut parler d’autant plus fort, se faire d’autant plus éloquente, qu’elle se met au service de ce qui la contient ou la comprend. La philosophie est alors tout entière colorée par une forme d’étonnement, de terreur ou d’admiration, ce qu’elle était si fortement au point de départ quand elle tâtonnait et trébuchait, portée par le corps vivant. La philosophie, pas plus que la science ou que la religion, ne se trouve au-dessus de celui-ci. Elle ne peut avancer qu’en l’accompagnant. » (6)
« La pensée des premiers philosophes est clairement incarnée » ! Pierre pense sûrement aux géniaux présocratiques. « Elle est au service du corps entier, loin de le dominer ou de prétendre le faire. » Remarquons aussi l’expression « volonté de puissance de la pensée. » Volonté qui se perd sans son compagnon de route, le corps. La philosophie ne peut avancer qu’en accompagnant le corps.
Nous poursuivrons ce périple homérique dans le prochain billet. En attendant, je vais aller soigner ma lombalgie. Au revoir lecteur ! :)
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(1) Pierre Bertrand, Le défi de vivre , Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, page 85.
(3) Idem, page 85 et 86
(4) La Fontaine, Fables, Le Meunier, son fils, et l’âne.
(5) Le défi de vivre, page 86
(6) Idem, pages 86 et 87
Note qui n’a rien à voir ! La couleur que j’utilise ressemble volontairement à la couleur de l’encre que Pierre utilisait dans sa jeunesse ! Clin d’œil !
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 4 : Le vide, partie 4. Le vide est en nous aussi ; nous ne sommes rien, nous ne sommes pas !
Souvenons-nous que dans le dernier billet, le philosophe québécois, Pierre Bertrand (1) nous propose un art de vivre qui soit au diapason du vide. Il faut se taire pour pressentir le vide.
Pour appréhender le moindrement le vide, il faut saisir les limites de la pensée humaine. S’il n’y avait que de l’être, que de la pensée, il n’y aurait qu’une masse indifférenciée d’être immobile et neutre. Le vide permet la créativité et le mouvement. On ne peut le connaître mais on peut « l’approcher » à l’aide d’un silence d’une certaine qualité.
Le vide, le rien est infini. Il est autre, il est étrange ! Il atteint une dimension sacrée. Il est même antérieur au petit dieu créé par les humains apeurés devant le vide et angoissés.
En terminant le billet précédent, notre auteur nous disait qu’il nous fallait pratiquer notre rapport essentiel au vide « grâce à une méditation se faisant au fil des instants. »
Si vous êtes aussi curieux/se que moi, vous tenez à savoir ce qu’est cette méditation, comment elle se pratique ! Tout ce que nous savons à ce jour c’est qu’elle se fait en silence. Écoutons donc notre philosophe :
« Cette méditation consiste à accompagner les différents contenus de la pensée — telle idée, telle image, tel affect… —, du vide d’où ils surgissent jusqu’au vide où ils s’engouffrent, de manière que le vide se fasse de nouveau sentir ou plutôt de manière que tous les contenus puissent passer sans entraves dans un grand mouvement de créativité se déroulant autant à l’échelle cosmique, microscopique qu’humaine. Le vide est à la fois ce qui relie et ce qui sépare les contenus. La tendance de la pensée est de le recouvrir, de le remplir d’objets, d’occupations, de soucis, d’idées, de connaissances, de croyances, d’images, de souvenirs, de désirs, d’espoirs, d’attentes, d’anticipations, etc. Mais tout cela suppose le vide. La pensée ne peut sentir celui-ci, puisqu’au contraire elle le remplit. » (2)
C’est comme si nous avions peur du vide, peur du silence, nous l’emplissons de blagues, de rires, de folies diverses et d’idées de tous genres. Beaucoup sont complètement incapables de « souffrir » le silence comme si l’absence de pensée était une attaque, une douleur ! C’est bien le contraire ! Comment entrer en contact avec le vide si on passe notre temps à essayer de le masquer ? Impossible !
Pierre Bertrand nous explique par la suite que le vide, l’inactivité sont souvent identifiés à l’ennui. D’où la place immense que prennent le divertissement et l’humour particulièrement dans notre société. L’économie, partout, est devenue tributaire des festivals, des « événements » tous plus étourdissants les uns que les autres, des feux d’artifices à la Formule I. « L’homme se donne ainsi l’impression d’être quelqu’un. Grâce à tous les moyens et à tous les médias mis en place, il parvient à fuir le vide. Ce vide est central, mais il est le plus souvent ressenti sous la forme négative de l’ennui. » (3)
Mais si le vide est partout et en nous, et si les pensées et images ne cherchent qu’à le combler, que sommes-nous derrière nos pensées, nos images, nos étiquettes et nos différentes identités ?
« Au fin fond de nous-mêmes, derrière les images et les idées, nous ne sommes pas. Nous entretenons donc une secrète affinité avec la mort. C’est sans phrases que nous la rejoignons, la partie vide en nous se mariant à la partie vide en elle, les deux communiant dans un même silence. Pourquoi ce vide est-il si souvent ressenti sur un mode négatif, au point que tout est mis en œuvre pour nous en distraire ou divertir? C’est que toutes nos images, toutes nos idées, en un mot, tout le mouvement de la pensée, le recouvrent et le contredisent. En tant que nous pensons, nous aspirons à être toujours davantage. La pensée est un vide qui cherche à se remplir. Le désir en est une excellente illustration. Il s’alimente au manque. Il renaît de sa frustration. » [paumier a souligné] (4)
Nous ne sommes pas ! Répétez après moi : nous ne sommes pas ! À notre mort, notre mini-vide rejoint le grand vide. Pascal croyait que nous nous laissons divertir, dérouter de l’essentiel, son dieu. C’est du vide que nous essayons de nous distinguer alors que toute distinction, toute définition est permise par lui !
Comment expliquer autrement que par les paroles du philosophe la folie des grandeurs des financiers, industriels et autres chevaliers d’industrie dont le but est d’être toujours plus performants, toujours plus riches au dépens des autres et de leur habitat, la planète elle-même. ? Mais nous sommes tous participants dans cette farandole vaine et vide.
Le désir une fois comblé renaît encore plus fort et le désir une fois comblé par une femme ou un homme, il faut aller voir ailleurs si ce ne serait pas mieux ? Malgré ce maelstrom continu de la vie individuelle et sociétale, nous allons vers le vide à vitesse grand V.
Lors du prochain billet, mes chers ami/es, nous poursuivrons notre voyage au centre de cette pensée séduisante et étonnante du philosophe Pierre Bertrand. C’est un rendez-vous !
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(1) Pierre Bertrand, Le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, page 56
(3) Idem, page 56
(4) Idem, page 56
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 4 : Le vide, partie 3. Le vide est infini. Il permet le fini et le vivant !
Lors du dernier billet sur cette œuvre (1) du philosophe Pierre Bertrand, nous avons poussé plus loin notre reconnaissance du vide. C’est clair ! il est partout comme le dieu des croyants. Tout ce qui n’est pas de l’être serait du non-être ou du vide ! Le vide permet le jeu, la liberté, l’aléa, la nouveauté, affirme Pierre. S’il y a de la compétition, de la concurrence, c’est qu’il y a des vides à combler, des niches baptisées ainsi par les gens d’affaires. Ces niches sont des espaces d’intervention humaine. Puis notre auteur déclare que rien n’est absolument réel et que tout est temporaire et transitoire. Même s’il n’est rien, le vide est ! Il n’agit pas mais rend toute action possible.
Comment vivrons-nous en tenant compte du vide ? Le style de vie que le vide exige ne peut s’accommoder d’émotions comme la peur du vieillissement et de la mort. Le vide est mouvement, devenir, itinéraire. Il permet tout ça en tout cas.
« Mais le défi qu’il pose n’est pas d’abord intellectuel. Il concerne la vie pratique. Pouvons-nous vivre en tenant compte du caractère central du vide? Quel art de vivre se trouve au diapason du vide? Il s’agit de ne pas continuer indûment ce qui cesse de lui-même, de ne pas maintenir ce qui disparaît, d’éprouver les ruptures constitutives du processus d’apparition et de disparition, de suivre chaque idée, chaque image, chaque émotion, de la laisser éclore, s’épanouir et disparaître. La pensée établit une fausse continuité, elle se projette elle-même dans la durée, refusant de voir ou plutôt incapable de voir les ruptures ou les discontinuités, les naissances et les morts. Le vide lui échappe. Il est comme rien. Il est rien et en tant que tel, il ne peut être un objet pour la pensée, bien qu’il se trouve au cœur de toute réalité ou de toute vie. Faire sa place ou plutôt laisser sa place au vide implique un art de vivre qui saisit les limites de la pensée, qui laisse celle-ci aller au bout d’elle-même ou de ses capacités, puis se taire. » (2)
Vous voyez comme la philosophie est proche de la vie ? L’auteur nous entretient ici d’aspects concrets que sa vision de l’univers implique au quotidien. Qui ne cherche pas de réponses ? Très peu de personnes. Le philosophe nous en fait apercevoir ici ! Saisir les limites de la pensée, au bout du processus de vie d’un phénomène, d’une personne ou d’une chose, laisser aller. Se taire !
La vie nous fait savoir que nous ne contrôlons pas grand-chose ! Il y a de l’inconnu, de l’inattendu, des surprises agréables ou non. Le vide est derrière tout ça ! S’il n’y avait pas de vide, je ne pourrais même pas terminer ce billet. L’être serait pris dans un pain serré et ne permettant aucun mouvement. Mais, direz-vous, si le vide est tellement présent partout, nous devrions pouvoir le connaître !
« Aucune connaissance ne peut s’y introduire, cherchant de la sorte subrepticement à le remplir. Seule une certaine qualité de silence peut le faire vibrer ou s’en faire l’écho. Il ne s’agit pas là d’une idée ou d’une image, mais d’une manière d’être, ou plutôt, puisqu’il s’agit de vide, d’une manière de ne pas être : pure ouverture permettant la création. Si la question du vide se pose vraiment, elle affecte directement la manière de vivre. Sinon, elle demeure une question spéculative pour la physique, la philosophie et la théologie. » (3)
Vous lisez comme moi qu’essayer de connaître le vide, c’est essayer de l’emplir ! Le vide affecte directement notre manière de vivre ! Intriguant, non ?
Poursuivons !
On ne peut pressentir le vide que dans le silence. J’ai des ami/es que j’aime beaucoup et qui se noient dans des flots de parole. C’est drôle que je pense ici à ces personnes qui aussi ont peur de la mort, peur du mot même ! Je me demande si elles auraient moins peur en laissant venir à elles le vide dans le silence ? L’anxiété joue un rôle dans tout ça !
« Le rien est le lieu où tout apparaît et disparaît. Il est le fond sans fond, l’illimité ou l’infini. Il n’a certes pas une personnalité, tel un être fini ou limité. Il n’a pas non plus d’intention, de volonté, de finalité, d’idée, tel un homme. C’est en son altérité ou étrangeté que réside l’énigme, source d’émerveillement, d’admiration, d’horreur et de terreur. C’est la dimension du sacré. Le sacré dépasse toute raison, toute mesure, toute parole. Il ne fournit aucune réponse, mais toutes reposent en son ouverture énigmatique. » (4)
Voilà une autre réponse claire ! Le rien, le vide, est l’infini ! Vous ne savez pas à qui vous vouer ? La réponse du philosophe est on ne peut plus claire ! Le vide est infini et précède même dieu qui est un concept de la pensée orgueilleuse, infatuée, souvenons-nous bien !
Le vide est donc inconnaissable. On le nomme mais il ne faut pas s’y tromper !
« On peut certes tenter de l’approcher à l’aide du langage, mais il ne faut pas, nous l’avons vu, être dupe de celui-ci. Le langage suppose le vide, loin de pouvoir le nommer ou le désigner adéquatement. Le vide a l’air abstrait, spéculatif, et pourtant il ne cesse de provoquer la pensée, de solliciter la vie, s’insinuant au sein de ce qui est, relativisant les contenus, affectant notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes. Ce n’est pas tel ou tel contenu qu’il nous faut changer, ce qui est d’ailleurs souvent impossible, mais c’est plutôt le rapport essentiel au vide qu’il nous faut pratiquer grâce à une méditation se faisant au fil des instants. » (5)
Changeons donc notre rapport essentiel au vide ! Comment ? Grâce à une méditation aux ras des pâquerettes !
Vous vous imaginez bien que nous essaierons d’en apprendre davantage sur cette méditation lors du prochain billet !
J’en vois déjà prêts à partir en pèlerinage pour méditer sur le vide ! Attention ! Pierre Bertrand n’est pas un gourou ! Ne les a-t-il pas assez ridiculisés ou plutôt cloués au pilori dans les pages précédentes ?
Attachez vos capines ! Ça va déménager ! Vavavoum, comme dit une amie !
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(1) Pierre Bertrand, Le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, pages 53 et 54
(3) Idem, page 54
(4) Idem, page 55
(5) Idem, page 55
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 2 : La pensée et le langage, partie 11. L’humanité donne plus d’importance à l’illusion qu’à la réalité.
Souvenons-nous que la pensée tournant en rond finit par se créer une angoisse. Si la pensée ne connaît pas de problème, elle en crée ! La pensée, selon notre philosophe, Pierre Bertrand, fait tout pour ne pas affronter le réel, la vie dans sa diversité et son mystère. La souffrance, l’anxiété viennent donc de nous. À cela, il faut ajouter la peur de la mort. La mort frappe tout le monde également, même les riches et les puissants qui essaient, dans certains cas, par tous les moyens, de la repousser, de la retarder. Mais la mort ne se laisse pas tromper.
La mort, nous l’avons vu, n’a pas de sens. Elle enlève le sens à la vie. Elle n’apporte rien. Elle apporte le rien.
Nous terminerons aujourd’hui ce chapitre 2 sur la pensée et le langage (1)
La pensée est incapable de décrire le chaos qui nous habite et j’ajouterais celui dans lequel nous vivons. « Au-delà ou en deçà de toutes les paroles, la réalité demeure silencieuse. La parole créatrice est complice de ce silence, comme l’est, de manière générale, toute vie créatrice. » (2) Nous commençons à entrevoir ici la place importante que tient l’art dans la pensée de Pierre Bertrand. L’art est complice de l’indicible, du silence de la vie réelle. Il nous permet de dépasser le langage insensé.
Lisez bien l’extrait qui suit. Il pourrait changer du tout au tout notre façon de comprendre la vie et le monde :
« Il est évident que la plus grande part de la réalité demeure inexprimée. Elle fait l’objet d’une perception silencieuse qui ne prend jamais le chemin du discours. La tentation est alors grande de considérer cette réalité comme inexistante et de nous laisser obnubiler par ce qui est dit, qui prend toute la place, même s’il se trouve du côté de l’illusion. C’est là un immense paradoxe. L’humanité accorde plus d’importance à l’illusion qu’à la réalité, la première faisant l’objet des discours majoritaires alors que la seconde demeure dans le silence. » (3)
Nous accordons plus d’importance à l’illusion qu’à la réalité. C’est extrêmement grave comme analyse ! Est-ce cela qui mènera l’humanité à sa perte ?
Pierre est trop bien élevé pour le dire. Je vais le dire et l’assumer. Il faudrait quelquefois fermer notre grande gueule pour accueillir le réel. « En ne cessant de parler, nous n’entendons que l’écho de notre propre voix. C’est ce que l’être humain fait depuis le début. » (4) Qui n’a pas entendu la critique : « Il s’écoute parler. » Pierre nous apprend qu’en réalité, ce défaut est universel. Nous avons des rites pour tout mais pas pour accueillir la vie comme elle est.
Notre philosophe va clore ce deuxième chapitre du « Défi de vivre » avec ces paroles puissantes :
« Nous ne parvenons pas à dire ce que nous vivons ou éprouvons et ne nous reconnaissons pas, sur ce plan, dans tous les discours que nous entendons et lisons. Nous vivons deux vies, celle de la parole et celle du silence, irréductibles l’une à l’autre. Le monde de la parole occupe bien sûr le haut du pavé. On n’entend que lui. Le silence est discret. Il est vite recouvert et se laisse oublier. La parole caresse l’illusion de sa toute-puissance, même si elle ne cesse de surgir du silence et d’y retomber. Recouvrant les discontinuités ou les interruptions, elle se croit sans failles, comme elle se croit immortelle tant qu’elle est en vie. » (5)
Nous vivons deux vies, écrit l’auteur. La parole, d’un côté qui est illusion et le silence qui est la « voix » de la vie. N’est-il pas en train de recréer ici la dichotomie qu’il dénonçait chez les Grecs et dans les religions ? Dans ce dernier car, on parlait de l’âme et du corps, Pierre parle de la pensée (l’âme) et de la vie (le corps dans le monde). L’immense différence est qu’il dénonce la soi-disant immortalité autoproclamée de l’âme et considère plutôt (à mes yeux) la vie comme éternelle ou immortelle en comparaison avec l’humain mortel.
C’est là une différence fondamentale qui fait l’originalité première de cette vision philosophique. C’est ce que nous serons en mesure de comprendre en poussant plus loin notre lecture.
À bientôt chers lecteurs et chères lectrices !
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(1) Pierre Bertrand, le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, page 38.
(3) Idem, pages 38 et 39
(4) Idem, page 40
(5) Idem, page 41
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 2 : La pensée et le langage, partie 9. Dieu n’est qu’un résultat de l’infatuation de la pensée humaine, de notre orgueil crasse.
Mes chers ami/es, que nous reste-t-il en mémoire de la pensée de notre philosophe en résidence présentée dans le dernier billet ? (1)
L’humain fuit constamment la réalité en brandissant ses images, ses concepts et ses mots. Celle-ci le rattrape à sa mort. L’humain craint le silence et tente de le combler souvent par n’importe quelle distraction.
Nous idéalisons la réalité, nous l’embellissons. L’art rivalise avec la réalité. Nous avons de la difficulté à épouser la réalité.
L’inconnu est proche de nous mais nous le croyons familier parce que nous le dénaturons par nos images et idées. La pensée s’illusionne affirme Pierre Bertrand.
« Elle le fait très tôt, dès la naissance de la philosophie avec Platon, en établissant une division entre l’intelligible et le sensible, elle-même se situant du côté de l’intelligible, le corps étant renvoyé du côté du sensible. L’unité du corps vivant est brisée dès que la pensée atteint un certain degré d’évolution ou de développement. La pensée se proclame l’âme ou l’esprit et elle se sent enchaînée à un corps. Cette division, comme l’a vu Nietzsche, prend des proportions cosmiques : le ciel contre la terre, l’au-delà contre l’ici-bas, l’invisible contre le visible. D’un seul tenant, la terre, la vie et le corps sont dévalorisés, à savoir rien de moins que la position d’immanence elle- même, c’est-à-dire la source de tout. » (2)
Vous voyez comment cette erreur des débuts est venue jusqu’à nous en passant par la religion ? Sans compter les idéalistes comme Kant, Hegel et les autres !
Notre auteur, à mon humble avis, enfonce le dernier clou géant dans le cercueil des religions. Lisons bien la prochaine citation en nous rappelant tout ce que nous avons appris jusqu’ici !
« La pensée s’autoproclame source de tout. C’est toute l’histoire de l’idéalisme en philosophie, où la pensée pousse la mégalomanie jusqu’à prétendre créer le monde à son image. Un tel monde devient davantage symbolique et imaginaire que réel. En se développant, la pensée se projette non seulement dans une âme ou un esprit séparé, mais dans des dieux immortels, puis dans un Dieu éternel. Elle se porte littéralement aux nues. Elle s’autodivinise et c’est toujours elle qui parle par la bouche des dieux ou de Dieu. L’idéalisme de la religion, subordonnant ce monde-ci à un autre monde, parfait ou paradisiaque, n’est que le prolongement de l’idéalisme spontané de la pensée, subordonnant, comme le fait Platon, le réel à l’idée. Dans le christianisme, Dieu est appelé Verbe, mais qu’il s’agisse de Verbe incarné, de Parole divine, d’Écriture sainte, de Livre sacré, c’est le discours de la pensée qui est de la sorte exalté. La pensée se soûle d’elle-même. Le Jugement dernier devient l’ultime acte de la Pensée divinisée. » (2)
Cet écrit de notre auteur sera une des pierres d’assise de la philosophie mondiale du XXIème siècle. Dieu n’est qu’un résultat de l’infatuation de la pensée humaine ! Je ne cherche pas les formules creuses, j’essaie d’intégrer des connaissances fondamentales.
Et voyant maintenant d’où nous vient la sornette de l’immortalité de l’âme :
« Plus la pensée se développe, plus elle se vénère en s’isolant et en niant ses liens profonds avec le corps vivant. L’homme se sépare, à l’instar de Dieu, de la nature. Puisque l’homme s’identifie à la pensée, plus celle-ci se développe, plus il s’arroge un pouvoir qu’en réalité il n’a pas, n’étant qu’un fragment de la nature. Mais la pensée s’aveugle. Dans la religion, et notamment dans le christianisme, elle se met elle-même à l’origine du monde comme Verbe et elle le clôt comme Jugement. Comme elle ne peut envisager la mort, celle-ci se dérobant à sa prise, elle se proclame immortelle, seul le corps mourant. » (3)
« L’homme se sépare de la nature » Faut-il voir là une des sources de la détérioration de la nature ? Puisque nous ne sommes pas elle mais plus « importants » qu’elle, pourquoi s’en occuper ? Comme notre corps, elle peut mourir puisque notre « âme », elle, survivra pour les siècles de siècles ! Orgueilleux et présomptueux humains. Bêtise.
Dans notre société, la religion se meurt mais est-ce le signe que notre raison reviendra au bon sens ? Non. Une autre idéologie prend la place : «Dans la philosophie et dans la science, sa volonté de puissance s’exprime par la volonté de tout comprendre et de tout expliquer et, par la technologie, de tout maîtriser. Dans le monde moderne, la pensée devient hyperprédatrice. Sa volonté de puissance continue de s’exprimer dans le langage religieux, mais sa langue moderne est celle de la science et de la technologie. » (4)
Dans mon prochain billet, nous verrons comment la pensée génère sa propre souffrance lorsque celle-ci ne vient pas de l’extérieur. Au plaisir de vous retrouver chères lectrices et chers lecteurs !
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(1) Œuvre à l’étude : Pierre Bertrand, le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, page 35
(3) Idem, page 35 et 36
(4) Idem, page 36
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 2 : La pensée et le langage, partie 8. Idéaliser la vie, c’est la trahir. Les idées et les images trahissent toujours la vie.
Qu’avons-nous vu avec notre philosophe la dernière fois ? Que la parole tait l’essentiel. Elle est manipulatrice. C’est faux que nous soyons prisonniers du langage bien qu’il soit facile de s’y laisser prendre. Le langage génère du faux et non du vrai. (1)
La vie ne peut être définie puisqu’elle enveloppe la définition et le définisseur. Elle n’est même pas une expérience. La mort hante le langage. Car celui-ci introduit le passé au cœur du présent. Il y a de grandes probabilités que les livres soi-disant sacrés soient chargés de perspectives de mort.
La mort, nous livre aussi le philosophe, est inséparable de la vie. La pensée ne peut pas plus comprendre la mort que la vie ! Le présent vivant qui se déroule sous nos yeux est inconnu.
« Le réel ne peut être saisi par une idée ou par une image. Cependant l’homme est aveuglé par ses idées et par ses images. Il se love en elles. Idées et images le reflètent davantage qu’elles ne touchent la réalité en ce qu’elle a de radical. Cette réalité le rattrape régulièrement, notamment à la mort, sur le mur de laquelle les idées et les images rebondissent, montrant leurs limites ainsi que celles de l’homme. » (2)
Réel et vie sont-ils la même chose ? Interchangeables ? Puisque la mort ne peut être dans la vie et qu’elle doit être quelque part, ne peut-on pas penser qu’elle est sûrement dans le réel et qu’alors le réel n’est pas la vie mais englobe la vie et la mort. Il ne peut en être autrement s’il n’y a plus de vie après la mort.
Si la vie est toujours là malgré ma mort, elle-même ne peut mourir et donc ne peut englober la mort.
Réel = vie = mouvement ? Je ne sais pas encore.
« L’homme parle pour ne pas être confronté trop longtemps au silence. Il s’agite pour ne pas être confronté trop longtemps au vide. Ce n’est pas une autre réponse que nous fournit l’inconnu. L’inconnu ne nous donne rien, il nous dépouille plutôt de ce que nous savons et croyons. Il nous met dans une position de pure ouverture, de pur questionnement. » (3) N’est-ce pas un réflexe qu’on voit couramment dans les soirées ou les réunions ? Parler pour parler plutôt que d’attendre à avoir quelque chose à dire. Dans des émissions comme Tout le monde en parle, on voit quelquefois ce phénomène ou la parole ne sert qu’à mener à plus de signification. Elle comble des vides prégnants
« L’homme a une tendance innée à idéaliser la réalité. Il rectifie ce qui est courbe, aplatit les anfractuosités et les plis, complète ce qui est inachevé, améliore ou perfectionne ce qui est défectueux, embellit ce qui se ride et vieillit. Il le fait dans les sciences, les arts, la philosophie et la religion. De la sorte, il simplifie le monde. Il le transforme en formules, que celles-ci soient tirées des grands récits mythiques ou encore des mathématiques. » (3)
Idéaliser dans le sens d’embellir mais aussi dans le sens de la traduire en idées qui la faussent immanquablement. Idéaliser c’est essayer d’attirer la vie à soi pour la contrôler et le résultat est nul.
« Une peinture, notamment celle de Raphaël, est un bon exemple de cette idéalisation de la réalité. Les visages sont parfaits, jeunes, beaux, sans rides et sans cicatrices, figés dans l’éternité de la peinture, soustraits au changement. Les corps représentés ne vieillissent pas et sont immortels. L’art — mais aussi la science, la philosophie et la religion — rassure les hommes parce qu’il leur offre une image de la réalité correspondant à leur désir. L’art est d’autant plus apprécié qu’il se présente comme rivalisant avec la réalité, offrant de celle-ci un double embelli et spiritualisé. Mais ce faisant, nous sommes situés sur le plan de la représentation, jouissant d’un pouvoir accordé par la distance. Dans le vif des instants cependant, nous nous trouvons en immanence, ne jouissant d’aucune extériorité, d’aucun point de vue transcendant, nous sommes dedans, et c’est ce dedans — sans frontière avec le dehors — comme réalité vivante que l’homme a tant de difficulté à épouser. » (4)
N’est-ce pas clair ? Je le pense.
Je termine ici ce billet. Dans le prochain, nous poursuivrons dans le même chemin en voyant comment l’histoire de la philosophie est remplie de cet effort pour comprendre les liens entre la pensée et la vie.
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(1) Œuvre à l’étude : Pierre Bertrand, le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, page 32 et 33
(3) Idem, page 33
(4) Idem, page 34
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 2 : La pensée et le langage, partie 7. La parole sert à convaincre, à séduire, à flatter, à maquiller, à tromper. Elle est essentiellement publicitaire.
Ainsi, nous nous retrouvons aujourd’hui interpellés par notre philosophe (1) de manière radicale sur la question de la pensée et du langage eu égard à la vérité et la vie. Nous avons appris que les problèmes existentiels ne peuvent être résolus que sur le plan de la vie, pas dans des livres ou des doctrines. La vie, c’est ce qui advient. Elle ne nous est pas donnée au cœur d’une révélation quelconque.
Nous aurons beau chercher sans fin, il n’y a pas de lieu où la pensée pourrait trouver le repos de la guerrière. Il n’y en a pas. Ainsi le philosophe authentique n’a-t-il d’attache avec aucune idéologie ou groupe. Il remet tout en question à commencer par la notion de vérité.
Nous nous trouvons devant l’inconnu. Ainsi dénudés, avec le philosophe comme guide, nous jouissons d’une force nouvelle. Nous sommes plus vivants, davantage en mesure de participer à l’inconnu ou à l’énigme. La pensée et le langage viennent après la vie et connaîtront toujours ce « retard » ou cette distance par rapport à la vie. Nous devons toutefois nous souvenir que l’indicible ne nous mène pas à l’impuissance.
Le silence serait un peu comme le réel sans langage et sans bruit. Comme dans la nature. Et la parole philosophique ou poétique tente de s’approcher de lui.
Aux yeux de Pierre, la parole est toujours superficielle. Elle tait l’essentiel. La parole est littéralement publicité. Elle cherche à convaincre à charmer, à maquiller, à tromper. Je revois certaines conversations sur des sites sociaux comme Facebook et Twitter et je me dis que c’est exactement ce qui s’y déroule souvent. Mais je défends quand même ce type d’interaction dans le monde anonyme et dépersonnalisé où nous vivons. J’y ai connu des personnes formidables.
« Si l’homme est un être de parole, au point, comme certains l’ont dit, que le langage le parle, il n’est pas surprenant qu’il soit pris au piège et qu’il devienne faux. » (2) Mais « Il n’est pas vrai qu’il soit pris dans la prison du langage, comme tant de philosophes l’ont prétendu. Il peut certes s’y enfermer lui-même. C’est d’ailleurs ce qu’il fait le plus souvent, se laissant définir par le langage, laissant le langage parler et révéler la vérité ou l’être. » (3)
Si le langage tait l’essentiel, nous ne sommes donc pas emprisonnés dans ses mots. Mais nos mots ne disent pas la vérité. Ils en sont incapables car la vérité ne se laisse pas prendre au mot (sans jeu de mots ?). Et ne l’oublions pas ! La vérité c’est la vie. « Qu’est-ce que la vie ? La vie ne peut pas être définie, ni apparaître comme une réponse à une question, puisqu’elle précède toute définition et toute question, les rendant possibles. Elle n’est même pas une expérience. » (3)
Vous avez bien lu comme moi ! La vie n’est même pas une expérience !!! N’êtes vous pas médusés comme je le suis ? Empiriquement parlant, la vie est expérience ! Pas chez notre auteur.
Voici l’explication de cet état de fait.
« L’expérience en effet implique une séparation entre celui qui expérimente et ce qui est expérimenté. Nous nous trouvons dans la distinction linguistique entre le sujet et le verbe ou l’action. Sur le pur plan de la vie, cette distinction n’existe pas. Il y a un seul mouvement, et ce n’est qu’en lui que le langage opère la distinction entre sujet et action. Nous parlons toujours ou presque toujours, mais la vie comme source se trouve à l’origine de toute parole. Si la vie est perçue du point de vue de la parole, nous n’avons d’elle qu’une expérience ou une interprétation. Nous sommes déjà dans le dualisme ou la séparation, nous avons quitté la dimension d’immanence. » (3)
Si je comprends bien, c’est le langage qui fait de la vie une expérience car il fait une distinction entre le je et le reste. Et retenons que la dimension d’immanence est celle qui nous « branche », nous met directement en relation avec la vie dans le grand silence du mouvement continuel. Ce serait réducteur de parler de mode. Mais c’est comme si nous pouvions nous mettre en mode vie et alors la vérité apparaît et revenir en mode langage qui trahit d’emblée la réalité de la vie. Vision mécanique ? Peut-être mais je comprends mieux ainsi.
Voyez la force de cette pensée : « Mais autant nous quittons la dimension de la vie, autant nous sommes morts. La mort hante le langage. Celui-ci ne peut pas être pleinement vivant. Il introduit le passé au cœur du présent, l’absence au cœur de la présence. Il nous divise, créant le conflit et la confusion. Cette division est inévitable, mais il s’agit pour nous de la saisir comme telle et de ne pas en être dupes. » (3) La mort hante le langage. Et l’écrit aussi, j’imagine ! Est-ce pour cela que certains auteurs (Michel Onfray, pas exemple) parlent des religions comme porteuses de mort ? Possible.
« La vie est mouvement, et nous ne pouvons la saisir qu’en ne faisant qu’un avec lui. Si nous luttons contre la division, nous l’aggravons. Si nous ne faisons qu’un avec elle, nous l’abolissons. Tant que nous luttons contre le mouvement de la vie, nous ne sommes pas pleinement vivants. Ici, nous ne cherchons pas à adopter une position, mais plutôt à suivre le mouvement. Le mouvement de la vie nous emporte avec lui, que nous le suivions ou que nous lui résistions. Il n’est pas question de lutter contre la pensée ou contre le langage, ce qui serait un combat perdu d’avance. » (4)
Je lis. C’est limpide mais deux secondes plus tard des questions me viennent à l’esprit. Comment par exemple faire un avec le mouvement et la vie puisqu’ils nous contiennent, nous enveloppent, nous préexistent et nous survivront ? N’est-ce pas l’immodestie humaine qui nous fait croire que nous ferions un avec la totalité de l’être ? N’est-ce pas bouddhiste comme vision ? Et si on disait plutôt qu’on se met en mode perception de ce grand mouvement, ne serait-ce pas plus proche de ce que nous avons appris plus tôt dans ce livre ? Je reste avec mes questions mais je refuse de m’arrêter pour autant !
« Les explications sont utiles, mais elles nous donnent une fausse impression de maîtrise. Aucune ne peut entamer le mystère de la vie. C’est par la vie que tout le reste apparaît, et quand la vie cesse, tout le reste cesse également. » Inutile d’essayer d’enserrer la vie dans les habits du concept et du langage.
Nous avons vu que dès que nous quittons la dimension de la vie nous sommes morts et que la mort hante le langage. Or l’auteur nous présente la mort comme intrinsèquement liée à la vie ! Si nous sommes dans la mort, nous sommes donc dans la vie puisque l’un est partie de l’autre ? Écoutons le philosophe avant de juger.
« Dans la mesure où la mort est inséparable de la vie, elle participe à son mystère. Mort et vie n’ont rien de contradictoire. Si nous ne sommes pas ouverts à la mort, nous ne pouvons l’être à la vie. La pensée ne peut pas plus comprendre la mort que la vie. Elle est un produit du passé se projetant dans le futur. La vie cependant échappe autant au passé qu’au futur. Elle est ce qui est en train d’avoir lieu. La pensée ne peut la saisir, ou elle n’en saisit qu’un double, une idée ou une image. Les discours n’en offrent qu’un aperçu. Le présent vivant est inconnu. Nul ne peut l’enchaîner. Il échappe nécessairement, puisqu’il se trouve déjà là, antérieur à toute volonté de maîtrise. La volonté de connaître et d’assujettir arrive trop tard, présupposant le mystère de la vie. La volonté de connaître s’enracine dans l’inconnu. La connaissance est liée au passé ou à la mémoire. Si l’homme s’identifie à la connaissance, il n’est pas pleinement vivant. Il ne l’est que s’il s’ouvre à l’inconnu. » (5)
Imaginez un peu ! Lors de ma première lecture, voici la remarque que j’ai écrite pour la citation ci-devant : N’est-ce pas un peu compliqué ? J’ai bien peur que la plupart sont ou seront découragés devant la grande difficulté d’entrer en contact avec la vie pour la comprendre. Les embûches sont multiples. (rires)
C’est à cause de cette difficulté que les sectes, les religions et les idéologies regroupent tant d’adeptes et voient leur membriété augmenter à la vitesse grand V dans bien des cas. La pensée a besoin d’un point fixe pour souffler mais ça n’existe pas. La théorie du refus du changement en gestion vient sûrement de ce constat à savoir que les humains refusent d’emblée un changement de structure, d’orientation, de tâches, etc. Mais cette théorie est elle-même biaisée car elle ne vise qu’à rassurer la direction. Repos pou repos, ça se vaut, non ?
La prochaine fois, nous poursuivrons notre appropriation laborieuse mais passionnée de cette œuvre riche en rebondissements vitaux ! :)
Au plaisir de vous retrouver devant ces octets savants (pas les miens ! ceux du philosophe) !
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(1) Œuvre à l’étude : Pierre Bertrand, le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, page 30-31
(3) Idem, page 31
(4) Idem, page 31, 32
(5) Idem, page 32
Le défi de vivre. Œuvre philosophique de Pierre Bertrand. Chapitre 2 : La pensée et le langage, partie 6. Sans religions sans idéologies nous nous retrouvons devant l’inconnu mais avec une force nouvelle.
Il faut donc se méfier des gourous. Ils ne savent pas plus que nous où ils vont. On ne peut comprendre la vie, c’est elle qui nous comprend.
L’attitude sceptique est la plus adaptée face aux diverses réponses existentielles : que ce soit celles des diverses écoles philosophiques ou celles des religions. Les problèmes existentiels ne peuvent être résolus que sur le plan de la vie, pas dans des livres ou des doctrines.
La vérité, c’est ce qui arrive. Ce n’est pas une révélation quelconque. Les recettes ne fonctionnent pas dans la vie aussi bien qu’en art culinaire. Bien que même là, on ne réussit pas toujours à atteindre la saveur du chef ou de la cheffe.
Notre pensée a besoin d’un point fixe, d’une île pour se reposer. Mais il n’y en a pas de fiable. Même pas une bouée. Il n’y a de sûr et de vrai que le grand mouvement sans commencement ni fin de la réalité ou de la vie. Il faut surtout porter attention à la manière de vivre cette vie. Et cette manière elle-même est mouvante. Faisons face plutôt que de nous enfuir en plongeant la tête dans la bible, le coran ou toute autre recette magique.
L’auteur nous présentait aussi sa conception du philosophe : liberté d’esprit, sans lien avec aucune idéologie ou groupe. Il remet tout en question à commencer par la notion de vérité. (1)
Alors nous continuons notre plongée dans la pensée de cet homme de la complexité. Si plus rien ne tient, ni philosophies millénaires, ni religions « révélées », ni prêchi-prêcha sectaire ou idéologie (théologie ?) soi-disant libératrice, devant quoi nous retrouvons-nous ? Devant l’inconnu répond le philosophe. Lisez :
«Le philosophe ne nous donne rien, mais nous retire au contraire ce que nous pensons posséder. Il nous dénude, nous met face à notre fragilité. Paradoxalement, c’est quand nous abandonnons nos convictions et nos protections que nous jouissons d’une force nouvelle. Rien n’est résolu pour autant, aucune formule, aucune croyance ne tient. Mais dans le face à face ou le corps à corps avec l’inconnu, nous sommes amenés à déployer toute la puissance dont nous sommes capables. Le philosophe ne nous révèle aucune vérité, ne nous donne aucune sagesse, ne nous fournit aucune clé nous permettant d’ouvrir la porte du bonheur, il nous amène simplement à être plus vivants — à participer davantage à l’inconnu ou à l’énigme. » (2)
Nous jouirions d’une force nouvelle ! L’inconnu nous provoque à déployer toute la puissance dont nous sommes capables. Le philosophe nous rapproche de la vie. Il ne peut nous transmettre la vérité car celle-ci est indicible. Ici le philosophe se permet une remarque sociétale judicieuse : « Il est ironique de constater, alors qu’on met tant l’accent sur la communication, que l’essentiel ne se communique pas. » (3)
« L’essentiel se dérobe de lui-même et le fait qu’il soit incommunicable appartient à sa nature même. La pensée et le discours touchent leurs limites. C’est en allant au bout d’eux-mêmes, en donnant tout ce dont ils sont capables, qu’ils sont amenés à se faire modestes. L’indicible n’est donc pas un signe d’impuissance. C’est la nature même des choses qui assigne des limites à notre pouvoir de penser, de dire et de communiquer. La vie est première, et la pensée et le discours ne viennent qu’ensuite, quitte à ce qu’ils prétendent comprendre et maîtriser. La source de vie est toujours déjà en train de couler, surgissant d’un fond sans fond dont la pensée et le discours ne peuvent rendre compte puisqu’ils en sont eux-mêmes des manifestations. » (3)
Remarquez encore les mots : l’indicible n’est pas signe d’impuissance. À relier avec l’inconnu qui mobilise toutes nos forces. Nous devons donc assumer le risque de déposer nos béquilles et de marcher sans appui certain. Certains croyants me diront que c’était ça le sens de l’évangile selon machin. Ils n’auront pas compris que c’est justement ça une béquille. Un livre où tout est écrit d’avance.
Sur le silence : « Le silence est la dimension énigmatique dans laquelle toute parole survient et se tait. Nous ressentons l’intensité de ce silence quand nous nous trouvons au sein de la nature. La parole philosophique ou poétique tente de s’approcher de lui. » (4) N’avons-nous pas toutes et tous senti cette dimension de vérité en forêt ? Le silence serait-il comme le véhicule (parole) de la vie et de la réalité ? Si nous n’étions pas là, en effet, il n’y aurait pas de parole mais le silence empli des bruits d’oiseaux, d’animaux et du vent dans les arbres.
« L’énigme du présent vivant ne peut jamais être résolue. Nous n’avons pas à aller vers le présent, puisqu’il se trouve toujours déjà là. Les philosophes et les poètes nous enjoignent de nous ouvrir à une dimension sur laquelle nous n’avons pas de prise, qui ne peut que nous étonner, qui se trouve toujours déjà là, mais que nous ratons dans la mesure où nous-mêmes n’y sommes pas, mais sommes plutôt au loin, à la poursuite d’un but qui ne cesse de se dérober. Nous cherchons une solution à l’énigme, alors que la seule solution consiste à vivre pleinement avec elle, traversés, instruits et inspirés par elle. » (4)
Vivons donc au présent. Je remarque que le philosophe ne nous suggère pas de ne pas avoir de but ! Lui-même, vous, moi, tout le monde doit se fixer des buts dans la vie mais il nous dit que nos réponses, notre perception de l’énigme ne se trouve pas dans le futur mais dans l’instant présent toujours fuyant par ailleurs. Ce que j’écris ne décrit plus l’instant présent mais l’instant passé. Nous sommes condamnés à l’aporie.
Dans le prochain billet, nous continuerons à apprendre sur la parole et la vie.
À bientôt chers lectrice et chers lecteurs !
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(1) Œuvre étudiée : Pierre Bertrand, le défi de vivre, Éditions Liber, Montréal 2009, 229 pages.
(2) Idem, pages 28 et 29
(3) Idem, page 29
(4) Idem, page 30
