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nov 6

Gaston Bachelard par lui-même II

Posted on Samedi, novembre 6, 2010 in Citations, Gaston Bachelard

(1)

« Le romancier, qu’il le veuille ou non, nous révèle le fond de son être, encore qu’il se couvre littéralement de personnages. En vain, il se servira «  d’une réalité  » comme d’un écran. C’est lui qui projette cette réalité, c’est lui surtout qui l’enchaîne. Dans le réel, on ne peut tout dire, la vie saute des chaînons et cache sa continuité. Dans le roman n’existe que ce qu’on dit, le roman montre sa continuité, il étale sa détermination. » L’Eau et les Rêves, III, v.

« C’est Poe lui-même qui a écrit : «  Et ce mot, — sang — ce mot suprême, ce roi des mots, — toujours si riche de mystère, de souffrance et de terreur (…)  » On s’explique donc que, pour un psychisme aussi marqué, tout ce qui, dans la nature, coule lourdement, douloureusement, mystérieusement soit comme un sang maudit, comme un sang qui charrie la mort. Quand un liquide se valorise, il s’apparente à un liquide organique. Il y a donc une poétique du sang. C’est une poétique du drame et de la douleur, car le sang n’est jamais heureux. » L’Eau et les Rêves, p. 84.

« (…) quand l’enfant, au gymnase, dans la sciure, s’efforce au saut en longueur, il n’éprouve qu’une émulation humaine (…) Quel autre orgueil, quel orgueil surhumain de sauter l’obstacle naturel, de franchir d’un bond le ruisseau ! On a beau être seul, on est le premier. » L’Eau et les Rêves, p. 248.

« Si l’on nous forçait de mettre de grossières étiquettes historiques sur les différents âges de la pensée scientifique, nous distinguerions assez bien trois périodes :
La première période représentant l’état préscientifique (…)
La deuxième période représentant l’état scientifique, en préparation à la fin du xviiiee siècle et sur le début du xxe.
En troisième lieu, nous fixerions très exactement l’ère du nouvel esprit scientifique en 1905, au moment où la Relativité einsteinienne vient déformer des concepts primordiaux, que l’on croyait à jamais immobiles. » La Formation de l’esprit scientifique, p. 6-7.
siècle, s’étendrait sur tout le xix

« (…) le visage humain est avant tout l’instrument qui sert à séduire. En se mirant, l’homme prépare, aiguise, fourbit ce visage, ce regard, tous les outils de séduction. » L’Eau et les Rêves, I, ii.

« L’imagination (…) c’est la faculté de former des images qui dépassent la réalité, qui chantent la réalité. Elle est une faculté de surhumanité. Un homme est un homme dans la proportion où il est un surhomme. On doit définir un homme par l’ensemble des tendances qui le poussent à dépasser l’humaine condition. » L’Eau et les Rêves, p. 23.

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(1) Les citations proviennent du Grand Robert de la langue française, version numérique, édition 2009. © Le Robert / SEJER – Tous droits réservés

oct 9

Gaston Bachelard par lui-même

Posted on Samedi, octobre 9, 2010 in Citations, Gaston Bachelard, Philosophes

(1) (2)

« En s’éloignant vers le ciel, l’oiseau se désindividualise ; il devient un vol, le vol en soi. » Lautréamont, p. 63.

« Du point de vue philosophique, le matérialisme énergétique s’éclaire en posant un véritable existentialisme de l’énergie. Dans le style ontologique où le philosophe aime à dire : l’être est, il faut dire : l’énergie est. Elle est absolument (…) l’énergie joue désormais le rôle de la chose en soi (…)
Si l’énergétisme est si fondamental, il convient de mettre au rang des notions organiquement premières la notion d’énergie. » Le Matérialisme rationnel, p. 177-178.

« Le vocable fondamental qui correspond à l’imagination, ce n’est pas image, c’est imaginaire. La valeur d’une image se mesure à l’étendue de son auréole imaginaire. Grâce à l’imaginaire, l’imagination est essentiellement ouverte, évasive. Elle est dans le psychisme humain l’expérience même de l’ouverture, l’expérience même de la nouveauté. » L’Air et les Songes, p. 7.

« Par l’imagination, nous abandonnons le cours ordinaire des choses. Percevoir et imaginer sont aussi antithétiques que présence et absence. Imaginer c’est s’absenter, c’est s’élancer vers une vie nouvelle. L’Air et les Songes, p. 10.

« L’observation scientifique est toujours une observation polémique; elle confirme ou infirme une thèse antérieure; un schéma préalable, un plan d’observation; elle montre en démontrant; elle hiérarchise les apparences; elle transcende l’immédiat; elle reconstruit le réel après avoir reconstruit ses schémas. » Le Nouvel esprit scientifique, Introd. i (cité par Dupré, no 3872).

« On rêve avant de contempler. Avant d’être un spectacle conscient tout paysage est une expérience onirique. On ne regarde avec une passion esthétique que les paysages qu’on a d’abord vus en rêve. Et c’est avec raison que Tieck a reconnu dans le rêve humain le préambule de la beauté naturelle. » L’Eau et les Rêves, Introd., iii.

« C’est près de l’eau et de ses fleurs que j’ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. » L’Eau et les Rêves, Introd., v.

« Les eaux riantes, les ruisseaux ironiques, les cascades à la gaieté bruyante se retrouvent dans les paysages littéraires les plus variés. Ces rires, ces gazouillis sont, semble-t-il, le langage puéril de la Nature. Dans le ruisseau parle la Nature enfant. » L’Eau et les Rêves, p. 47.

« Il y a des mots qui sont en pleine fleur, en pleine vie, des mots que le passé n’avait pas achevés, que les anciens n’ont pas connus aussi beaux, des mots qui sont les bijoux mystérieux d’une langue. Tel est le mot rivière. C’est un phénomène incommunicable aux autres langues. Qu’on songe phonétiquement à la brutalité sonore du mot river en anglais. On comprendra que le mot rivière est le plus français de tous les mots. C’est un mot qui est fait avec l’image visuelle de la rive immobile et qui cependant n’en finit pas de couler (…) » L’Eau et les Rêves, p. 252.

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(1) Les citations proviennent du Grand Robert de la langue française, version numérique, édition 2009. © Le Robert / SEJER – Tous droits réservés

(2) Philosophe français (Bar-sur-Aube 1884 ~ Paris 1962).

Fonctionnaire aux PTT, il étudia successivement les sciences et la philosophie et enseigna à la faculté des lettres de Dijon (1930 ~ 1940), puis à la Sorbonne.

Analysant les conditions de la connaissance scientifique, il soutint qu’elle ne progresse que par une victoire sur les obstacles épistémologiques (perception immédiate, opinion, résultats considérés comme définitifs), qu’il tenta de déceler, cherchant « à fonder les rudiments d’une psychanalyse de la raison ». Philosophie ouverte (dialectique), capable d’intégrer les grandes révolutions du savoir, la philosophie des sciences peut ainsi se définir comme un rationalisme appliqué (Le Nouvel Esprit scientifique, 1934; La Formation de l’esprit scientifique, 1938; Le Rationalisme appliqué, 1948; Le Matérialisme rationnel, 1953).

Au monde de la rationalité s’oppose l’univers complémentaire de l’imagination poétique et de ses symboles, qu’inspirent les éléments naturels (feu, eau, air et terre) et dont G. Bachelard a essayé de faire la psychanalyse (La Psychanalyse du feu, 1937; L’Eau et les Rêves, 1941; L’Air et les Songes, 1943; La Terre et les Rêveries de la volonté, 1948; La Terre et les Rêveries du repos, 1948; La Poétique de l’espace, 1957; La Poétique de la rêverie, 1960).

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