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avr 19

Le régime « amincissant »

Posted on Mardi, avril 19, 2011 in Alimentation, Fiction, Nouvelle, Nutrition, récit, Écrits

L’annonce était fracassante : « Résultats garantis. À vos risques et périls. » On ne garantissait pas le nombre de kilos perdus en tant de temps mais l’objectif final était assuré. Richard voulait tellement perdre du poids. Il s’était dit qu’il avait vécu la première partie de sa vie obèse mais qu’il ne le serait pas dans sa deuxième. Il avait 40 ans.

À sa première rencontre, la jeune nutritionniste, Véronique, l’accueillit avec chaleur comme la réceptionniste avant elle. Elle l’invita à s’asseoir, lui offrit un thé ou une tisane. Il refusa en remerciant. Le questionnaire fut long. Véronique lui fit signer formule par-dessus formule en lui en expliquant le contenu. Richard s’endormait un peu car la rencontre se déroulait après le souper.

Richard trouvait que Véronique insistait beaucoup sur la non responsabilité des conséquences du régime-traitement. Mais il la trouvait si belle et sympathique qu’il ne vit rien. Véronique lui parla du Stevia pour remplacer le sucre, du Mrs Dash comme substitut du sel. Elle lui montra quelles quantités de beurre mettre sur les rôtis, quel était le meilleur pain sur le marché.

De 250 millilitres elle lui demanda de baisser à 80 ml son ingestion matinale de jus d’orange. Elle lui prescrit de manger une tranche de fromage de 17% de matières grasses (mg.) avant de boire son jus et ajouta plusieurs autres recommandations. Ça faisait beaucoup pour une première visite mais elle lui avait bien expliqué que les visites subséquentes seraient moins longues.

Richard partit. Deux heures s’étaient écoulées dans le bureau de la nutritionniste. Intense ! Il devait la revoir dans un mois et elle avait pris soin de lui expliquer la gravité de la situation et l’importance de respecter les consignes. Les premiers jours allèrent assez bien. Les choses se corsèrent quand Richard sortit la fin de semaine avec ses copains. Après être allé en boîte avec des copines, ils trouvèrent un resto ouvert la nuit.

Il avala une pizza moyenne à deux avec une frite et au dessert, un morceau de tarte au sucre. Ses efforts des trois derniers jours venaient d’être anéantis en deux heures. Il ne put même pas aller chez Sophie perdre un peu de calories car elle était fâchée contre lui.

Il connut plusieurs rechutes au cours du mois. Quand arriva le jour du rendez-vous fatidique, oh, il avait bien rempli tous les formulaires demandés. Il avait à tenir un journal alimentaire une journée complète par semaine. Il les remit, penaud, à Véronique. Elle sentit bien qu’il avait triché car elle l’entraîna brusquement vers la balance.

« Non seulement vous n’avez perdu aucun kilo Richard mais vous en avez même gagné une demie. C’est honteux. Ne vous souvenez-vous pas des conséquences ? Je vous ai prévenu. » Elle alla vers son bureau, prit le combiné et parla à quelqu’un.

Deux gaillards baraqués entrèrent dans le bureau sans frapper. Ils s’emparèrent de Richard et l’amenèrent dans une pièce connexe. Dix minutes plus tard, on entendit des cris tonitruants, des hurlements. Cela dura quelques minutes, puis plus rien.

Les deux gaillards conduisirent Richard chez lui et l’aidèrent même à monter les escaliers vers le deuxième. Ils le laissèrent devant sa porte.

Richard entra chez lui et s’effondra sur son canapé. Il avait un bandage à la main droite. Il n’avait plus d’annulaire…Il tomba dans un profond sommeil induit par les sédatifs ingurgités à la clinique. Il avait un rendez-vous avec Véro dans un mois…

avr 16

Percée fantastique en communications !

Posted on Samedi, avril 16, 2011 in Ennui, Fiction, Relations humaines, récit, Écrits

D’entrée de jeu, je veux préciser une chose : un des acquis les plus importants de ma vie consiste au fait d’avoir compris, depuis de nombreuses années, que toutes les personnes ont quelque chose à m’apporter, qu’elles ont leur richesse intellectuelle ou spirituelle.

Il vous est sûrement arrivé d’être coincé dans une conversation avec une personne contre laquelle vous ne nourrissez aucune agressivité mais qui parle sans arrêt de choses qui vous indiffèrent complètement. Le plus gênant, c’est dans un autobus bondé. Vous êtes debout, il ou elle assis/e et tout le monde autour entend ce que cette personne vous dit. Vous vous dites en vous-mêmes « j’espère que tout le monde ne pensera pas que je suis aussi ennuyant que cette personne. »

Mais ce n’est surtout pas une question d’orgueil. C’est plutôt une question de manque d’intérêt. Tenez : je ne m’intéresse pas du tout à la mécanique automobile. Mais je suis sûr qu’une personne pourrait vraiment m’intéresser si son contenu est intéressant et son débit vivant ! J’ai un ami qui peut vous entretenir pendant des heures de tout ce qu’on voit en route vers le Lac Saint-Jean et retour ! Presque tout mais surtout ce que la nature offre à nos yeux.

Alors j’ai inventé, grâce à mes rêves le « gommeur ». Ce petit appareil se porte comme une bague et il n’y a qu’à frôler l’interlocuteur inintéressant pour le figer durant quelques secondes le temps que vous vous éloigniez de lui. Quand il revient à lui, il se demande se qu’il disait et à qui ! Mon gommeur n’entraîne aucun effet secondaire notable et n’a pas d’effets collatéraux autres qu’un certain appauvrissement des relations humaines. Et il n’est pas dit que dans une autre occasion cette personne ne vous intéressera pas ! Honnêtement, il y a de bonnes chances que non.

Mais comme nous sommes au-delà de 6 milliards d’humains, quelques dizaines ou centaines de moins dans vos relations, sur la période de toute une vie, ce n’est pas si dévastateur ! Je sais que certains méchants vont nommer mon invention le « zappeur d’humains » comme la manette de télé qui nous permet de faire disparaître de l’écran une émission qui nous ennuie. J’admets une ressemblance en ceci : si telle émission ne m’intéresse pas, elle va sûrement intéresser quelqu’un d’autre !

Mais la télé est plus radicale que moi. Quand une émission ne plaît plus à un certain nombre d’auditeurs, elle est éliminée. Moi je ne veux éliminer personne. Tout le monde a sa place.

Mais lors d’une fête où j’ai le goût de m’amuser, devant un spectacle ou un film que je veux regarder, devant un conférencier que je veux comprendre, quand c’est à telle ou telle personne que je veux parler et qu’un autre m’entretient, me tient otage, s’empare de moi, m’attrape et me retient, je revendique le droit d’utiliser mon gommeur spatio-temporel.

Vous ne souffrirez pas ! Promis aux êtres que j’aime que je ne l’utiliserai jamais sur vous !

mar 4

10- Le reclus. L’affrontement à ma porte.

Posted on Vendredi, mars 4, 2011 in Fiction, Le reclus, récit, Écrits

Je suis revenu depuis un bon bout de temps dans ma cellule. Les travaux sont terminés. Une nouveauté : l’armoire n’est plus en métal mais en plastique. S’ils pensent empêcher les gars de se fabriquer des shanks, ils se trompent ! Il est beaucoup plus facile de tailler un éclat de plastique en pointe que du métal ! Ça doit être encore une combine pour favoriser l’entreprise d’un petit ami du bon bord.

Toutes ces émotions ont chamboulé ma journée. Je m’étends sur ce qui me tient lieu de lit pour une sieste. (…) Combien de temps ai-je dormi ? Je l’ignore mais j’ai été éveillé en sursaut par un vacarme et des cris d’épouvante. Je me suis précipité vers mon guichet de vision que je peux ouvrir assez facilement de l’intérieur même s’il n’est pas fait pour ça !

Deux gardiens sont à terre, k.-o. Un détenu fait face à deux autres gardiens qui le tiennent en respect avec leur matraque. J’ignore pourquoi mais ils n’ont pas leur taser. Le détenu crie comme si on lui arrachait les entrailles. Il est en crise et a assommé deux gardiens. J’entends tout à coup des pas de bottes marteler le sol comme si un peloton militaire arrivait. C’est presque cela !

L’escouade anti-émeute a dépêché un peloton sur les lieux. Comme il y a des caméras partout, le patron de l’étage a dû les appeler au secours de ses deux surveillants apeurés. Les huit hommes encerclent le détenu en crise et deux d’entre eux font mine de s’emparer de lui. Il se déchaîne à nouveau. Il donne un coup de boule à l’un et un coup de pied dans l’abdomen de l’autre. Le responsable de peloton ordonne aussitôt à ses hommes de reculer et il pointe le pistolet laser vers le gars.

Je vois parfaitement les deux dards se planter dans les épaules du détenu. Au contact de sa cible, le pistolet libère une onde de 2 milliampères pour 50 000 volts. Cette onde électrique bloque le système nerveux. Le pistolet envoie alors un signal appelé « ondes Taser », qui bloque les signaux normaux des fibres nerveuses. Le pauvre gars s’écrase à terre et est fortement secoué. Dès qu’il reprend ses esprits, il se relève et veut foncer sur le responsable qui est à 4 mètres de lui. Sans crier gare, ce dernier tire une autre charge sur le pauvre bougre qui est renvoyé au sol.

Il ne se relève pas et les membres de l’anti-émeute le soulèvent facilement à 6 comme s’il était une poche de patates. Ils l’amènent.

Pendant ces événements, l’un des deux gardiens inconscients s’était relevé et se tenait le ventre à deux mains. L’autre était au sol et les deux gardiens indemnes essayaient de le ranimer doucement. Deux infirmiers sont arrivés avec un brancard et l’on soulevé dessus. Ils sont repartis aussi avec celui qui avait encaissé un coup dans le ventre.

Incident clos mais qui pourrait avoir des conséquences. Quand de telles choses se produisent, les skrews sont plus nerveux et les prisonniers payent pour.

fév 14

1-Le reclus. Les premières heures.

Posted on Lundi, février 14, 2011 in Fiction, Le reclus, récit, Écrits

Je ne savais pas que c’est si petit une cellule d’isolement. Une seule fenêtre allongée et étroite, en forme de meurtrière…Bizarre ce mot dans une prison remplie d’assassins ! La mienne offre une grande différence avec celles que l’on retrouve dans les fortifications médiévales : ma meurtrière à moi est bloquée par une vitre blindée.

Le grabat qui tient lieu de lit, tout au fond du cachot, y occupe toute la largeur, environ 1m90. La paillasse est posée directement sur une dalle de béton d’environ 15 cm. Même pas moyen de ranger des choses sous le lit. Une armoire métallique, installée au-dessus de ma table collée au mur va me permettre de serrer mes choses qui ne sont même pas encore arrivées. Ils ont dû les garder pour s’assurer que je n’ai aucun objet interdit.

Ma sentence est lourde. J’ai frappé un screw et il est paraplégique. On m’a plaqué un 7 ans d’isolement sans possibilité de demander de retourner faire mon temps avec la population générale. À l’origine, j’étais ici pour un vol à main armée qui a mal tourné. J’ai failli tuer le caissier qui refusait de me donner le fric.

La sentence originale additionnée aux 4 sentences « intra muros » m’amène à un total de 50 ans. Sortirais-je jamais d’ici ? J’aimerais bien mais il va falloir que je calme cette rage et cette révolte qui me brûle à l’intérieur.

Ma « table » mesure environ 40 cm de profond et le double en largeur. Assez pour lire, écrire et manger. Pas de banquet ici hein ! Je dois garder le moral. Je vais sortir seul, une fois par jour. Mon tabouret, ancré dans le béton ne possède pas de dossier. Minimal. C’est peut-être mieux ainsi pour moi : je ne pourrai lancer aucun meuble aux gardiens qui viendront me chercher.

Une fente de quelques centimètres dans la porte pour me passer mon plateau de bouffe et une autre pour que je me glisse les mains, dos à la porte, pour qu’on me mette les beaux bracelets d’acier chromé. Je suis considéré comme un criminel dangereux. Ce n’est pas complètement faux.

Mini-lavabo et cuvette de toilette minimaux. Sol, murs et plafond de béton. Voilà mon abri tempo. C’est ainsi que je nomme ma cellule puisqu’elle ne me couvre que des intempéries.

Comme je suis au stade I d’incarcération en isolement, je n’ai droit à RIEN : pas ce crayon ni papier, ni livre ni revue, encore moins de télé et surtout pas d’ordinateur. Pour passer au niveau II, je dois présenter une conduite exemplaire. Politesse, aucun geste brusque, aucune parole ou air agressif, patte blanche, quoi. Le pourrai-je ?