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L’amour au centre de la vision du philosophe québécois Pierre Bertrand # 14

310029

Le pont du présent éternel.

Je poursuis aujourd’hui la présentation du chapitre 12 du livre (1) du philosophe Pierre Bertrand portant sur l’amour.

Dans le dernier billet, notre auteur nous avait laissé cette phrase que je n’ai pas encore saisie : « Il est le pur et complet déploiement de l’être et du paraître. » (2) Il parlait bien sûr du présent, lectrice étourdie ! « L’énergie de l’amour sourd du vide ou du silence. Cet amour se trouve au-delà du désir sexuel. Une grande partie de l’amour publicisé s’enracine dans un tel désir. (…) Le désir sexuel est la vérité de cet amour. (…) L’amour dont nous parlons cependant est plus ample que cela. Il est impersonnel, touchant les humains, les animaux, également les plantes et l’ensemble de ce qui est. (…) Il est plutôt la vibration ou l’affect du vide. (…) Là où l’énergie amoureuse est. Le moi n’est pas là, et là où le moi est, l’énergie amoureuse n’est pas. » (3) Si je comprends bien, on ne peut penser un amour car alors il n’est plus. Mais les couples qui vivent ensemble pendant des décennies doivent bien penser l’un à l’autre quelquefois si ce n’est souvent ! Penser à l’autre n’est-il pas d’ailleurs une façon de stimuler cet amour comme l’appel du vent dans un foyer ? Combien de fois n’ai-je pas pensé l’élan vers l’autre et senti en moi une pulsion de générosité ?

J’aime arroser quotidiennement mon bambou, par exemple. Si je ne fais que m’extasier devant lui et oublier nos êtres concrets, n’oublierais-je pas aussi de l’arroser ? Mieux ! À chaque mois, je dois changer l’eau de son pot. Si je ne pense pas au futur, il ne vivra pas ! Sa vie dépend donc aussi de ma capacité (ô combien limitée par l’âge !) de planifier, de nous projeter dans le futur lui et moi ! Toujours est-il est que cet amour est inconditionnel ! Comme celui de Léon pour sa plante verte dans le film du même nom. Comment un tueur professionnel a-t-il pu développer un tel amour pour sa plante ? Il doit sentir que seule sa plante lui apporte l’amour dont il a tant besoin, possiblement. Malgré son sale métier il a un cœur pur et tendre. C’est pourquoi il en arrive à protéger une jeune fille abandonnée et à ne pas abuser d’elle malgré ses appels à elle.

« Ce n’est pas en abdiquant ou en régressant que le moi et l’entendement s’abandonnent, mais en allant au bout de leurs pouvoirs et en touchant les limites de ceux-ci. L’amour éclot au sommet de l’intelligence. » Intriguant, non ? Au sens où le moi et l’entendement n’ont rien à voir avec l’amour mais l’amour n’a pas lieu sous la barre de l’intelligence mais au-dessus !

Toujours parlant de l’amour et dans la continuité de la pensée que nous avons présentée de notre auteur, voici ce qu’il écrit : « Nous avons besoin de mots pour voir clair, en même temps qu’ils introduisent une essentielle fausseté, provoquant confusion et obscurité. (…) Les mots nous rassurent. Ils nous mettent en terrain familier. (…) …car tous les mots sont inadéquats, demeurant à distance de ce qui se passe réellement, ne le désignant que du dehors et de manière globale, sans pouvoir entrer dans les plis et replis, les anfractuosités et les labyrinthes, les bifurcations et les mutations, en un mot, l’infinie variation de ce qui se déroule aussi bien dans la relation qu’à l’intérieur de chacun des protagonistes. » (4)

Je ne conteste pas ces paroles mais pourtant ce sont mes mots qui me permettent d’expliquer, d’avertir, de prévenir, de saluer, bref, de sortir du silence. Les personnes muettes sont-elles pour autant plus proche de la réalité innommable ? Elles ne parlent peut-être pas mais elles crient parfois. Un été où je travaillais à la biscuiterie David sur Hochelaga dans l’est de Montréal, c’était sur le quart de nuit. Je travaillais à la boulangerie avec deux travailleurs sourds et muets. Ils se disputaient constamment. Je les entendais crier pour tout et pour rien et j’en avais peur. Heureusement eux-mêmes ne pouvaient s’entendre. Ils ne semblaient pas s’entendre davantage pour autant ! (rires)

Retenons pour le moment que la réalité est insaisissable de l’extérieur. Je vous incite à lire ce livre et lire ce que l’auteur dit de l’univers à la page 88. Moi qui affirme à tout venant que ma seule croyance est en l’univers, je suis très touché. Et comme le dit Pierre dans ses mots, même l’inconnu est un mot que l’on plaque sur quelque chose que l’on ne comprend pas que l’on ne peut comprendre ou appréhender. Il semble plus simple d’être une fleur qu’un humain ! Nous n’avons pas d’identité autre que folklorique, nous sommes un chaos, nous n’arrivons pas à saisir vraiment la réalité…nous sommes diablement handicapés. Mais gardons notre boussole à la main !

À suivre, à vivre !

J’ai dit ! (lol)

__________

(1) Pierre Bertrand, L’intime et le prochain, essai sur le rapport à l’autre, Liber, Montréal 2007, 133 pages.

(2) Idem, page 86.

(3) Idem, pages 86 et 87

(4) Idem, pages 87 et 88

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